Dieudonné est en paix

Au début du mois, un article du Devoir consacré à Lauberivière de Québec a retenu mon attention. J'appris ainsi que ce refuge, ouvert en 1983, donnait un bon coup de pouce à 5000 personnes itinérantes chaque année. 5000? Ce nombre m'a surprise. Lorsque je vais en vacances dans le Vieux-Québec, il me semble que les sans-abri y sont rares. Je demeure consciente qu'un être humain dans cette situation n'est pas nécessairement quelqu'un qui dort dans la rue. On peut être fort démuni sans que cela paraisse...
Du 14 au 16 avril, je séjournais à nouveau dans la capitale. Tout près de Lauberivière, deux hommes balayaient le trottoir. Un peu Madame Sans-Gêne, j'engageai la conversation avec l'un d'eux. Sourire aux lèvres, il m'expliqua «suivre une formation». Je pointai alors le refuge de la rue Saint-Paul, «j'y vais mais je ne dors pas là-haut, moi et ma famille avons maintenant notre logis». Cela fait six mois que Dieudonné et ses proches vivent au Canada.
«Réfugié?» lui ai-je demandé. «Oui, nous venons de la République centrafricaine, nous avons subi des années de violence et avons transité par le Tchad pour nous établir au Québec». Est-ce qu'il aime ça ici? «Oui, car c'est un pays de paix»...
Je lève la tête. Au-dessus de la porte de Lauberivière, je remarque la petite flamme sur le «i». Basse-Ville ou Haute-Ville, pourvu qu'elle brille toujours pour Dieudonné et tous les autres...
Martine Lacroix
Montréal