Des vies gâchées

Depuis un certain temps, on observe dans les médias sociaux que les comptes qui publient des dénonciations anonymes d’inconduites sexuelles se sont multipliés. Les fondateurs anonymes de ces comptes ont codé, pour la plupart, la gravité de ces allégations allant de simples propos déplacés au viol.

La dénonciation qui a fait le plus de vagues et qui a créé une onde de choc dans le milieu artistique est celle de Safia Nolin à propos de Marie-Pier Morin. Ayant peur du verdict populaire, fort de ses aveux ou excuses, les nombreux commanditaires et médias qui l’embauchaient l’ont reconnue coupable sans procès. Du jour au lendemain, la vedette a tout perdu et est devenue une brebis galeuse. 

J’ai un certain malaise avec la méthode anonyme employée pour dénoncer et juger certaines personnes sans preuve. À mon avis, c’est une atteinte aux principes mêmes de notre système de justice et à l’intégrité du citoyen. On incite le citoyen à se faire justice lui-même en brûlant sur la place publique quelqu’un sans procès et c’est une dérive inquiétante. Ces dénonciations anonymes font de l’ombre aux vraies victimes qui demeurent dans l’ombre.

Jocelyn Boily, Québec

Allégation et justice

L’allégation qui reste au niveau de la dénonciation, à plus forte raison si elle est anonyme, est pire que celle qui fait l’objet d’une évaluation en vue d’accusations formelles. Si les accusations ne sont pas retenues, il n’y a pas procès et l’individu s’en trouve blanchi. Si elles sont retenues et qu’il y a procès, suivi d’acquittement, l’individu l’est tout autant. S’il y a condamnation, il y a peine. La peine est suivie souvent d’un processus de réhabilitation, perçu positivement, et il y a aussi un pardon envisageable par la justice.

Par contre, une allégation qui ne dépasse pas ce niveau, surtout si anonyme, nourrit toujours le doute. Elle est un semblant de justice. Il n’y a pas de jugement formel, ni acquittement, ni peine, ni système de réhabilitation associé à l’allégation. Il peut y avoir compensation financière pour le tort causé au prix le plus souvent de démarches et d’efforts soutenus, mais l’allégation ne disparaît pas. Elle devient indélébile pour l’individu concerné.

Richard Gagné, Sainte-Pétronille