Des sourires et des larmes

Pendant quelques années, j'ai accompagné des proches qui ont vécu leurs dernières années au CHSLD de l'Hôpital général de Québec. J'y vais aussi quelques heures par semaine en bénévolat. Ma tante et ma belle-mère ont d'abord effectué un séjour au privé où les coûts étaient exorbitants et les soins, pas toujours satisfaisants.
Elles ont été exclues dès que leur situation est devenue trop lourde. Je parle donc de ce que j'ai observé. La qualité des soins au CHSLD de l'Hôpital général est très bien mais on ne peut changer la réalité. Je trouve injuste le discours ambiant illustré par le psychodrame des pommes de terre en poudre. Peut-être est-ce là l'expression de l'angoisse que suscite la dégradation de la qualité de vie qui accable les personnes en CHSLD et aussi la crainte de notre propre avenir incertain.
S'il y a des pertes évidentes qui ne peuvent être comblées, le personnel met tout en oeuvre pour les atténuer. J'ai été témoin au cours des ans de beaucoup de respect, d'engagement et même d'affection réelle de la part du personnel envers les résidents. Ce sont eux qui rendent la situation supportable. Je les admire et les remercie. Aujourd'hui, lors de mon bénévolat, je repasse devant l'ancienne chambre de ma belle-mère récemment décédée. J'y vois une petite dame toujours à regarder par la fenêtre, emmurée dans la prison de l'absence. Je me dis que devant la cruauté de son état, elle a la chance d'être entre bonnes mains.
Bruno Bérubé, Québec