Jacques Delisle à l'émission Enquête

Des risques de dérapage

La diffusion de l'émission Enquête consacrée à la requête du juge Delisle a donné lieu à un théâtre, à une entreprise journalistique qui risque de la discréditer.
L'animateur, jouant son rôle de défenseur de la juste cause, est tombé (volontairement?) dans le piège d'une stratégie inventée par ses interlocuteurs pour produire une super réalisation télévisuelle. En effet, les nouvelles confessions à la caméra du juge condamné pour meurtre révèlent qu'il a menti à la police et qu'il n'a pas dit la vérité ni lors de son procès ni lors de ses appels, tout cela dans le but de protéger ses petits et grands enfants. Le témoignage de ces derniers s'ajoute aux savantes plaidoiries des procureurs et des nouveaux experts pour sensibiliser le grand public (ou mieux encore, le public raisonnable et averti) et que celui-ci devrait supporter la procédure d'«appel de la dernière chance».
Le ton des échanges (on laisse notamment les nouveaux experts prétendre que l'examinateur original du cerveau de la défunte, pourtant expérimenté - et par ailleurs impartial - était incapable de constater que la balle, soi-disant tirée à angle droit, a ricoché sur la paroi interne de la boîte crânienne avant d'en ressortir ailleurs!), le mutisme sur le caractère loufoque de la prétendue prise de l'arme par Mme Rainville, tout cela additionné à la musique de circonstance confèrent à ce reportage une odeur pathétique.
Conscient de l'importance de son émission et de son statut de journaliste d'une irréprochable rigueur et de la plus haute intégrité, l'animateur en a pourtant fait ses choux gras. Il y a lieu ici, me semble-t-il, de prendre conscience des risques de dérapage d'une telle forme de journalisme.
Claude Poulin, Québec