Des cloches et des éboueurs

Je réside sur la rue Sainte-Ursule depuis 4 ans. De mon appartement, je peux compter au moins 10 clochers. Mon père a habité la même rue dans les années 50 alors qu'il étudiait à l'Université Laval. À cette époque, les cloches des églises sonnaient chaque matin, un concert symbolisant une société bien «réglée». Mais progrès oblige, en 2015 ce sont les éboueurs qui ont pris la place des cloches matinales.
Deux fois par semaine, le concert de 5 camions distincts débute vers 6 h pour se terminer 3 heures plus tard: la grosse caisse dans la cour des Ursulines, la trompette des déchets des restaurants, le xylophone des bouteilles vides des bacs de récupération, les cymbales des conteneurs commerciaux et le violon de la collecte résidentielle, tous à l'unisson dans le quartier. Les autres journées, l'exclusivité est donnée à la trompette. Enfin, le dimanche, les cloches des 4 églises encore actives se font entendre, rare souvenir d'une époque révolue.
J'appréhende le prochain concert que nous préparent les banlieusards à la tête du service de collecte des ordures de la Ville de Québec. Ont-ils déjà entendu la cacophonie que leurs mauvaises décisions génèrent? N'est-il pas possible d'ajuster leurs instruments pour respecter les résidents? Parfois, je me prends à rêver des années où les cloches étaient les maîtres au réveil dans le Vieux-Québec.
Jean-François Binette, Vieux-Québec