Décrochage: un peu de perspective

La récente étude sur le décrochage scolaire en rajoute sur le caractère tragique de cette crise sociale en particulier pour l’avenir de la communauté francophone du Québec. Or, parmi les facteurs qui expliquent ces résultats, il en est un que sous-estiment les analystes, c’est celui de la perspective historique.

On a amorcé ici une révolution scolaire à partir d’un idéal social élevé avec très peu de moyens et une tradition en matière d’alphabétisme très pauvre, alors que nos voisins anglophones, eux, ont pu s’appuyer sur une forte tradition anglo-saxonne très différente de la nôtre. Celle-ci, on le sait, s’est construite sur un socle historique qui a fait en sorte que l’importance de l’école s’est imposée depuis très longtemps comme une assise fondamentale de leur communauté. 

Chez nous, depuis des décennies nous avons consacré des sommes colossales à faire un rattrapage scolaire qui puisse répondre aux standards de la modernité. Mais en marge de ce processus, les progrès matériels générés par la nouvelle économie vont chambarder notre échelle de valeurs, imposer la règle du consumérisme et détourner notre système scolaire de ses buts premiers. Le sens du «Qui s’instruit s’enrichit» fut dévoyé et réduit à son premier niveau. 

L’école fut célébrée comme un lieu d’apprentissage pour le seul bénéfice socio-économique en s’éloignant des valeurs intellectuelles et morales qui transcendent les bénéfices économiques. Que l’on pense par exemple au peu d’importance accordée à l’enseignement de l’histoire, à la capacité d’invention et la créativité et au développement de la pensée critique, toutes choses essentielles pour résister le mieux possible à l’appel du consumérisme. 

Ce point de vue n’offre pas de solutions savantes au problème. Il veut simplement démontrer que cette crise ne sera pas résolue par les seuls moyens de la finance et de l’intendance. L’enjeu est trop grand, une corvée nationale s’impose!

Claude Poulin, Québec