Debout face au cartel du béton

Ayant côtoyé à quelques reprises Jean-Paul L'Allier, j'aimerais mettre en lumière le fait que le maire avait anticipé la commission Charbonneau et les dénonciations publiques de Me Marc Bellemare au sujet de la collusion des pouvoirs politiques avec le secteur de la construction ou les manoeuvres déloyales d'entrepreneurs sans vergogne.
En effet, les révélations de Monique Giguère du journal Le Soleil en 1995 - récipiendaire cette année-là du prix de la Fédération professionnelle des journalistes - relativement au cartel du béton ont mené à des condamnations et des amendes de 11 millions $ en 2001. Le maire de Québec, avec une équipe chevronnée de procureurs et d'acteurs de l'ombre, a entrepris des procédures civiles pour récupérer les millions de dollars que le cartel s'était appropriés en fixant secrètement le prix de la tonne de béton auprès des municipalités et des institutions gouvernementales, comme dans le projet du Centre des congrès de Québec ou les contrats de déneigement.
Le gouvernement fédéral, à qui ces amendes ont été payées, ne les a toujours pas retournées aux municipalités et aux gouvernements lésés. En dollars constants, cela pourrait aider au financement du projet de transport urbain léger ou à la relance du projet d'escalier monumental entre le quartier Saint-Roch et la fontaine de Tourny.
Grâce à sa détermination, le maire L'Allier a été le seul élu municipal, et même provincial, à réclamer avec succès devant les tribunaux civils le remboursement des hausses de prix contraire à la loi de la concurrence, ce qui s'est soldé par une récupération en mai 2001, de 4 millions $.
La contribution remarquable du maire l'Allier au service public devrait inspirer le gouvernement Couillard afin de récupérer, par l'intermédiaire des tribunaux, les centaines de millions de dollars en fonds publics détournés par les grandes sociétés d'ingénieurs et de constructeurs, et de leurs corrupteurs politiques, ce que la juge Charbonneau a dignement révélé. Soyons à la hauteur de sa droiture et continuons son combat démocratique du service public pour le plus grand nombre.
François Leduc, avocat
Québec