Apprendre le tiraillage?

Dans l'édition du 30 décembre, le chroniqueur Patrick Duquette prenait position pour le «tiraillage».
L'auteur s'appuie sur son «vécu» et sur une étude universitaire. Je suis de la génération qui a aussi un vécu du tiraillage, tant familial (famille de cinq gars) que scolaire (les profs ne sortaient pas à la récré pour «arbitrer» nos activités). Mais l'auteur fait un oubli qui me semble primordial. En 2017, il est rare qu'un enfant ait un frère ou une soeur d'un âge qui lui permette de se tirailler à forces quasi égales, en raison du grand nombre de familles avec un enfant unique ou des naissances espacées. De sorte que l'argumentaire sur l'idée de mesurer sa force comme leçon de vie, aussi vrai soit-il, perd de sa pertinence ici. 
Les enfants ne se tiraillent plus à la maison. La seule violence à laquelle ils sont exposés est souvent la violence virtuelle sur un écran. Cette violence, qui ne demande aucun effort physique, est ainsi sans fatigue. C'est donc une violence qui peut durer longtemps, elle n'a pas de contrainte de temps. Elle est physiquement irréelle.
Cette violence aussi n'est pas vécue ou ressentie par l'enfant (une bonne «bine» sur une épaule me permettait de mesurer le respect que je devais avoir envers le grand gars qui avait doublé sa 5e année). Cette violence, parce qu'elle n'est pas ressentie, n'est pas mesurée pour mener à une «leçon de vie», comme l'écrit le chroniqueur. Le dosage critique entre le «trop» et le «pas assez» n'y est pas. Le bienfait moral et éducatif du tiraillage est alors absent.
Le tiraillage à la maternelle, pour en arriver à produire des bienfaits souhaités, devra-t-il être enseigné?
Les garderies devront-elles alors augmenter leurs couvertures d'assurance pour se protéger contre d'éventuelles poursuites pour négligence?
Pierre Gendron, Québec