Gilles Duceppe reproche à Thomas Mulcair de mettre de côté le manque d'acceptabilité sociale des projets de pipeline.

Acceptabilité sociale : la camelote des faiseurs d'image

Il ne se passe guère une semaine sans que l'expression «acceptabilité sociale» n'apparaisse dans les médias. Tantôt utilisée par un personnage politique, tantôt par une firme mandatée par une multinationale de l'exploitation de ressources naturelles, ou des entrepreneurs de tout acabit, tantôt dans l'amalgame douteux de ces niveaux d'intervention. Contrairement à ce qu'on aurait pu imaginer, la référence devenue obligée de traiter de l'acceptabilité sociale dans tout projet, qu'elle soit liée au réaménagement des espaces urbains (comme les transformations déjà entamées du port de Québec) ou à l'exploitation des ressources naturelles, a fini par lui enlever toute signification réelle. C'est en quelque sorte le bourdonnement dont on affuble toute présentation publique.
Mais l'objectif premier et fondamental d'une telle entreprise est très clair : faire en sorte que les cercles restreints de «développeurs» mènent leurs projets à terme et engrangent leurs profits. Il faut dire que montrer patte blanche lorsqu'on a les mains sales n'est pas une mince affaire! Néanmoins, ce qui désole, c'est que ce vocabulaire de l'insignifiance permet aux soi-disant représentants du peuple, aux multinationales et autres entrepreneurs de jouer les mélodies qui plaisent aux citoyens naïfs et à ceux qui se satisferont des quelques miettes qu'ils espèrent pouvoir attraper des retombées annoncées de ces entreprises. Refuser la mièvrerie ou la manipulation, c'est selon, du discours sur l'acceptabilité sociale s'avère pourtant la seule parade citoyenne qui puisse contenir les liens, de plus en plus intimement construits, entre les pouvoirs politique et financier.
Serge Genest
Québec