Le complexe résidentiel Woodfield sera construit sur une partie du cimetière Saint-Patrick, sur les terres patrimoniales de Sillery.

À la défense du Conseil du patrimoine du Québec

En réaction au texte «Kotto a ignoré l'avis du Conseil du patrimoine» du journaliste Samuel Auger
Dans la saga de l'autorisation de la construction des condos Woodfield au cimetière patrimonial Saint-Patrick par le ministre de la culture Maka Kotto, Le Soleil rapportait dans son édition du samedi  18 janvier la répudiation, par le ministre, de l'avis défavorable du Conseil du patrimoine culturel du Québec dans ce dossier.
À la lecture de l'avis, rendu public seulement après une requête d'accès à l'information par Héritage Québec, le CPCQ apparaît complètement défavorable à ce projet avec un grand nombre d'arguments. Cet avis confirme les pires craintes des spécialistes et opposants au projet.
Or, le CPCQ est un organisme conseil non partisan dont l'existence est enchâssée dans la Loi sur le patrimoine culturel du Québec. La loi confère à ce comité de sages le mandat de donner des avis impartiaux, objectifs et éclairés au ministre dans le cadre de tout projet tombant sous la juridiction de la Loi. L'organisme, qui est littéralement le BAPE du patrimoine, s'assure donc que si tout développement il y a dans les sites patrimoniaux, il se fasse dans le respect du patrimoine et des règles attenantes.
Quand le ministre va à l'encontre de l'avis de son propre Conseil du patrimoine, cela est lourd de conséquences pour tout le patrimoine québécois, puisque l'esprit et la lettre de la Loi ne sont même plus respectés. Cela envoie le signal aux promoteurs que la Loi peut être contournée en y mettant les efforts requis.
Le Soleil rapportait également les propos émanant du cabinet du ministre à l'effet que l'avis du Conseil avait simplement été considéré parmi plusieurs autres par le ministre, sans mentionner de quelles sources émanaient les dits avis et sans les rendre publiques. La Ville de Québec n'est sûrement pas sur cette liste, elle qui a déclaré ne pas vouloir permettre de construction sur ce site sensible, tout en devant se plier à la volonté du ministre.
Face à une telle situation d'obscurantisme, c'est toute la crédibilité de la Loi sur le patrimoine qui est remise en question. C'est tout le patrimoine québécois qui vit parmi les jours les plus sombres de son existence.
Jean Bousquet, C.R.C.
Professeur titulaire et Prix ACAFS Michel-Jurdant, Université Laval