Cannabis: le Québec va rater le train

Depuis quelques jours, de nombreux intervenants du monde agricole et de la scène politique reprochent au gouvernement de manquer de vision et de leadership en ce qui a trait à la production du cannabis récréatif qui sera légale dans quelques mois.

Autant la ministre Charlebois, le ministre Lessard que le premier ministre Couillard refusent de prendre des actions concrètes pour faire en sorte que ceux qui le désireront puissent fumer «Québécois» le 1er juillet prochain. Ils démontrent bien maladroitement leur opposition à ce projet de loi parachuté du fédéral, mais surtout ils manquent à leurs obligations envers le développement économique du Québec.

Un tel manque d’initiative est inacceptable quand on sait que le Québec ne compte que deux producteurs autorisés pour le cannabis médical sur son territoire... comparativement à 44 en Ontario. À six mois de la légalisation, il est utopique de penser que de nouveaux joueurs vont réussir à obtenir des permis pour du cannabis récréatif qui pousserait sur le sol québécois. Le Québec va donc devoir acheter du cannabis ontarien initialement. Plusieurs années s’écouleront avant que des microproducteurs ou de nouveaux producteurs n’émergent, notamment à cause du temps requis pour obtenir un permis de Santé Canada, qui indique sur son site Internet qu’actuellement, le processus peut prendre plus d’un an.

Pourquoi le Québec ne prend pas ses responsabilités et négocie une entente bilatérale avec le gouvernement fédéral, comme cela existe dans plusieurs secteurs d’activités (développement de la main-d’œuvre, immigration, TPS, etc.), afin de pouvoir gérer lui-même le processus d’octroi de permis de producteurs et de transformateurs? Plusieurs avantages émergeraient d’un tel leadership économique.

Premièrement, il risque d’y avoir des enjeux d’acceptabilité sociale pour l’implantation d’entreprises du cannabis. Le spectre du «pas dans ma cour» se profile déjà avec des municipalités qui souhaitent pouvoir interdire l’installation de commerces de la Société québécoise du cannabis (SQC) ou d’entreprises reliées au cannabis. Le gouvernement du Québec connaît bien les sensibilités des uns et des autres et l’expérience du BAPE saura certainement soutenir ces enjeux d’implantation qui ne manqueront pas d’apparaître. Ce faisant, les permis pourraient être octroyés plus vite.

Deuxièmement, le gouvernement du Québec possède déjà une expertise dans le domaine, notamment au MAPAQ qui gère près de trente permis différents. La culture du cannabis est similaire aux autres cultures en serre ou en terre. Mais surtout, le Québec pourrait développer une production de « niche » qui serait porteuse de développement économique pour un secteur qui en a bien besoin : l’agriculture à petite échelle, à circuits courts, avec une approche de permaculture, d’aquaponie ou pour des produits «bio». Il y a une place à prendre pour des Québécois créatifs, qui n’ont pas peur de se salir les mains, mais pour y arriver, il ne faut pas manquer le train qui partira le 1er juillet prochain. Il faut jouer de vitesse, de stratégie et de vision, M. Couillard, on n’en attend pas moins d’un premier ministre!

Christian Daigle, président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec