Mercredi, la succursale de la Croix verte sur Saint-Vallier a été fermée par la police de Québec. Ouvert l'automne dernier, le commerce vendait du cannabis à des fins médicales, mais l'établissement n'avait jamais reçu d'autorisation de la part de Santé Canada.

Cannabis: à quoi on joue?

ÉDITORIAL / Il est plus que temps que le gouvernement Trudeau dépose son projet de loi sur la marijuana, lequel a été promis pour ce printemps. En partie parce que la confusion légale qui règne depuis quelques mois a pour effet de multiplier inutilement les arrestations. Et pour que l'on cesse de se servir de toutes sortes d'allégations «thérapeutiques» de la marijuana, vraies ou fausses, comme d'un cheval de Troie.
Mercredi, la succursale de la Croix verte sur Saint-Vallier a été fermée par la police de Québec. Ouvert l'automne dernier, le commerce vendait du cannabis à des fins médicales, mais l'établissement n'avait jamais reçu d'autorisation de la part de Santé Canada. En août dernier, une autre boutique du genre, Weeds Herbes et Curiosités, avait connu le même sort à Québec, elle aussi après seulement quelques mois d'activités. Notons que pendant tout ce temps, la Croix verte a eu pignon sur rue à Montréal sans être inquiétée par le SPVM.
Le premier ministre Justin Trudeau s'est toujours dit d'avis que l'on devait permettre la vente du cannabis et son gouvernement n'a pas caché son intention de légiférer en ce sens, dès son arrivée au pouvoir. Mais tant que la loi n'est pas changée, c'est un commerce qui demeure illégal. Le flottement actuel dure depuis bientôt 18 mois, au cours desquels certains joueurs ont manifestement voulu profiter du flou pour être les premiers à occuper le marché. D'où les ouvertures et fermetures à répétition des derniers mois.
Nous avons beau être en faveur de la légalisation de la «mari», il ne nous en semble pas moins que ce manège a assez duré. Ottawa doit rendre ce commerce légal, tout en l'encadrant avec des règles claires sur l'âge légal pour acheter, les points de vente, etc.
Mais tant qu'à avoir les mains dedans, le fédéral ferait sans doute bien de se rappeler qu'il a lancé une consultation, l'automne dernier, pour mieux encadrer les prétentions des fabricants de «produits de santé naturelle». Car à en juger par les montagnes de vertus que beaucoup de procannabis prêtent à leur herbe favorite, c'est là un groupe très proche de la «santé naturelle», tant par l'esprit général que par la propension à ne retenir que les études qui font son affaire.
La Croix verte a beau avoir adopté une approche plus sérieuse que Weeds Herbes et Curiosités, en exigeant un dossier médical de ses clients et en engageant des infirmières pour les conseiller, sa copropriétaire Shantal Arroyo déclarait tout de même à l'ouverture de sa boutique de Québec : «On parle de cancer, on parle de maladie de Crohn, on parle d'épilepsie, on parle de tout ce qui est assez reconnu selon Santé Canada et où la marijuana médicale aide.»
Or si Santé Canada a permis l'usage du cannabis à des fins médicales en 2013, le ministère ne l'a jamais recommandé ni n'a conclu à son efficacité. Il n'a que produit une synthèse des connaissances à l'intention des médecins qui voudraient en savoir plus et, éventuellement, en prescrire.
Et pas plus tard que le 12 janvier, la National Academy of Sciences, aux États-Unis, a publié la revue de littérature scientifique la plus à jour sur les effets thérapeutiques de la «mari». Il en ressort que quelques effets bénéfiques ont été bien prouvés (pour la sclérose en plaques et la douleur chronique, principalement), mais en ce qui concerne le cancer, l'épilepsie et la maladie de Crohn, la NAS juge les preuves d'efficacité «absentes ou insuffisantes». N'en déplaise à Mme Arroyo...
Il est décidément urgent de mettre un terme à ce cirque. Il en va de la liberté des uns, de la santé des autres - et du portefeuille du reste.