Alexandre Taillefer n’est pas le premier parent à déplorer qu’il faille attendre six mois pour voir un psychiatre et à réclamer des investissements — un demi milliard de dollars par an — en santé mentale.

Bye la santé mentale négligée

ÉDITORIAL / Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, se montre paraît-il ébranlé dans le documentaire «Bye», portant sur le suicide du fils de 14 ans d’Alexandre Taillefer et de Debbie Zakaib, Thomas. Ça tombe bien. Le ministre aura sous peu sur son bureau un rapport de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) sur l’impact d’une couverture plus étendue des services de psychothérapie dans le panier de services publics. Une occasion pour Québec, espérons-le, de donner un coup de barre significatif en santé mentale et d’éviter des drames à d’autres familles.

Alexandre Taillefer n’est pas le premier parent à déplorer qu’il faille attendre six mois pour voir un psychiatre et à réclamer des investissements — un demi milliard de dollars par an — en santé mentale.

Ceux dont un enfant ou un proche souffre de maladies mentales, d’anxiété ou de détresse psychologique dénoncent les limites du système depuis longtemps. Pour certains, le calvaire de l’inaccessibilité et de l’insuffisance des services a été remplacé par la douleur du deuil, l’incompréhension et la culpabilité. Rien pour consoler. 

Est-ce que la croisade, menée cette fois par Alexandre Taillefer, sera couronnée de plus de succès?

Nous serions collectivement gagnants si tel était le cas. 

Les plus cyniques diront que l’occasion est bonne, à moins d’un an des élections, d’annoncer plus de ressources en santé mentale. Il y a avant tout la nécessité. Une personne sur 5 sera touchée par un trouble mental au cours de sa vie.

M. Barrette et sa collègue Lucie Charlebois ont annoncé mercredi l’ajout d’un montant récurrent de 15 millions $ pour rehausser les services de psychologie destinés aux jeunes en difficulté. Cent postes de psychologues jeunesse seront ajoutés et d’autres professionnels complèteront les équipes multidisciplinaires dans les centres intégrés de santé et de services sociaux. Évaluation plus rapide et accès accéléré à un premier service de suivi psychologique, promettent les ministres.

Très bien, mais le Québec peut et doit faire davantage pour améliorer les services en santé mentale. Plusieurs l’y invitent et non seulement dans le réseau. Des entreprises privées ont compris que la santé mentale de leurs troupes ne peut être négligée. Le Soleil citait récemment le cas de la Financière Sun Life qui a fait passer de 1200 à 12 500 $ par famille la couverture annuelle des services de psychologues pour ses employés. 

En 2012, le Commissaire à la santé et au bien-être recommandait pour sa part de rendre gratuite la psychothérapie en bureau privé pour traiter les cas de dépression et d’anxiété. Il évaluait les coûts entre 400 et 500 millions $ par année, mais faisait valoir les économies réalisées grâce à une réduction de l’absentéisme au travail, de la consommation de médicaments et des hospitalisations. 

L’INESSS a reçu le mandat d’étudier la faisabilité d’une telle approche. «[…] on peut conclure que l’accès à la psychothérapie par les patients atteints de troubles anxieux ou dépressifs modérés devrait être une avenue à préconiser et par conséquent, une analyse d’impact budgétaire devrait être effectuée afin de statuer sur le coût pour le système de santé», écrivait-il en 2015. L’INESSS fera connaître sous peu la suite de ses travaux. 

Un Collectif pour l’accès à la psychothérapie a aussi vu le jour et déplore que des milliers de Québécois sont confinés à prendre des médicaments pour leurs troubles mentaux, car ils n’ont ni l’argent ni les assurances privées pour défrayer les séances de psychothérapie. Le collectif invite le ministère à donner priorité aux jeunes et aux adultes qui n’ont pas accès à une assurance privée.

Les attentes sont grandes. En cette matière, M. Barrette ne manquera pas d’appuis.