Le ministre des Finances, Éric Girard, a présenté son budget jeudi.

Budget de la CAQ: au-delà des projecteurs, les oubliés

POINT DE VUE / Le bon état des finances publiques a suscité certains espoirs. Serait-ce la fin de l’austérité et des compressions budgétaires massives? Les services à la population seraient-ils financés, pour la première fois depuis longtemps, à la hauteur des besoins? Le réseau de la santé et des services sociaux pourrait-il compter davantage que sur le minimum vital?

Disons-le d’emblée, ce premier budget Legault donne à se réjouir. Du moins à la première lecture. On y trouve en effet un réinvestissement de 5,4 %, du jamais vu ces dernières années, une bouffée de cet air frais dont le réseau a tant besoin. 280 M$ de plus cette année dans les soins à domicile, et pour les quatre années suivantes, c’est une bonne nouvelle qu’il faut souligner. De fait, tous les programmes orientés vers le soutien à l’autonomie des aînés sortent gagnants. Bravo!

Toutefois une observation s’impose ici, et elle est importante. Vouloir augmenter de trois millions le nombre d’heures pour fournir ces soins est tout à fait louable. Encore faut-il du personnel pour rendre les services. On aurait aimé que ce budget tienne compte des problèmes chroniques de recrutement de main-d’œuvre dans le réseau, un grand défi. À force de miser sur le dévouement du personnel sans tenir compte de la surcharge de travail, de l’épuisement et de la détresse, il est devenu difficile d’attirer de nouvelles recrues. Et il n’y a rien pour améliorer leur sort dans ce budget.

Ce point étant fait, l’enthousiasme s’étiole encore un peu plus quand on constate que ce que le gouvernement donne d’un côté, il le reprend pour ainsi dire de l’autre. En santé publique, par exemple, le budget n’augmente que de 1,3 %, une hausse bien insuffisante pour assurer les services de prévention indispensables au maintien et à l’amélioration de la santé et du bien-être de la population. Même constat pour le programme lié au traitement des problèmes de déficience physique. Le réinvestissement est donc loin de «faire le travail».

Autre secteur laissé pour compte : les services en déficience intellectuelle et trouble du spectre de l’autisme, où les besoins sont criants, nous rappellent régulièrement les titres de journaux. Depuis la désastreuse réforme Barrette, le nombre de personnes en attente pour des services a bondi de 59 %. Avec une maigre majoration de 1,5 % du budget alloué à ces services, l’accessibilité à ceux-ci continuera de se détériorer. Les patients, leurs proches aidants ainsi que le personnel du réseau qui travaille pour eux se sentiront clairement oubliés et regarderont avec envie les chiffres astronomiques dévolus à la rémunération des médecins, dont quelques miettes auraient suffi à leur bonheur.

Le budget n’a par ailleurs guère fait mieux pour une autre clientèle vulnérable abonnée aux manchettes des journaux : les jeunes en difficulté. On cherche en vain une augmentation notable à ce poste budgétaire. Pourtant, le nombre de signalements à la DPJ, en hausse constante ces dernières années, a franchi le cap des 100 000 pour la première fois l’an dernier. Plus de 3000 jeunes grossissent les listes d’attente à travers la province! Il y a fort à parier que les tristes histoires liées au sous-financement de ces services vont continuer de faire régulièrement la une des médias.

En résumé, on dira volontiers bravo à cette hausse de 5,4 % du budget de la santé. On serait mal venu de la bouder. Sauf qu’une fois éteint le flash des projecteurs et passée la lecture des faits saillants, on se rend compte qu’il y a encore beaucoup de travail à faire et bien des oubliés. Avec un surplus budgétaire, avant versement au Fonds des générations, de 5,6 G$ l’an dernier et de 2,5 G$ cette année, on se demande pourquoi le gouvernement s’est arrêté à mi-chemin. Il y a encore place à l’amélioration, Monsieur Legault. Heureusement, il y aura d’autres budgets.