Pourquoi ne pas adopter dès maintenant un règlement qui permettra aux infirmières praticiennes spécialisées de jouer un rôle similaire à celui qu'assument leurs homologues dans d'autres provinces ou d'autres pays?

Un TGV pour les super infirmières

ÉDITORIAL / Québec a pour objectif de former 2000 infirmières praticiennes spécialisées d'ici 2024. C'est beau. En théorie. Si le Collège des médecins, l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec et le gouvernement sont incapables d'aboutir à des règlements et d'établir des conditions de travail qui permettront à ces professionnelles de jouer pleinement leur rôle, les recrues ne seront pas au rendez-vous ou les diplômées iront pratiquer hors Québec, privant ainsi notre réseau de la santé de leur précieux apport.
L'impact positif d'une collaboration accrue entre les médecins et les infirmières praticiennes spécialisées est reconnu. Dans des lignes directrices dictées en 2014, les deux ordres professionnels concluent que «l'émergence du rôle de l'IPSPL (infirmière praticienne spécialisée en soins de première ligne) au Québec favorise le développement de la pratique infirmière, permet l'implantation d'une pratique interdisciplinaire fructueuse et vise un meilleur accès aux soins pour les patients de même qu'une qualité et une continuité de soins optimales».
Pourquoi s'arrêter en si bon chemin? Pourquoi ne pas adopter dès maintenant un règlement qui permettra aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS) de jouer un rôle similaire à celui qu'assument leurs homologues dans d'autres provinces ou d'autres pays?
Étant donné que les heures de formation des IPS québécoises sont plus élevées qu'ailleurs, le manque de formation ne devrait pas être un obstacle à leur confier des responsabilités supplémentaires. Et si tel était le cas, la solution serait de bonifier rapidement cette formation et non de maintenir infirmières et médecins dans les mêmes rôles pour une autre décennie. À moins que la formation ne soit pas le réel problème, mais bien la crainte de voir diminuer les revenus des médecins.
La semaine dernière, le premier ministre Philippe Couillard rappelait que pour des raisons «essentiellement corporatistes», le Québec a mis du temps à monter dans le train de la pratique des infirmières praticiennes spécialisées. «Mais on y est, dans ce train-là, maintenant», a-t-il affirmé.
Un train grande vitesse (TGV) qui nous mènera rapidement à destination, ou un vieux train aux arrêts fréquents qui mettra une éternité à atteindre le but final? 
Le premier ministre assure que son gouvernement n'hésitera pas à mettre de la pression sur la profession médicale. Son ministre Gaétan Barrette a d'ailleurs indiqué au Collège des médecins et à l'Office des professions qu'il souhaite que les IPS puissent accomplir trois nouveaux actes : initier des traitements pour les maladies chroniques, procéder au congé médical du patient hospitalisé et effectuer des demandes de consultation auprès des médecins spécialistes.
Belle occasion pour le gouvernement Couillard de se départir de l'étiquette de «gouvernement de docteurs pour les docteurs». Il aurait toutefois davantage marqué le coup s'il n'avait pas tout transféré dans la cour des ordres professionnels.
Si Québec veut que le train avance plus vite, il peut lui-même accélérer le rythme en modifiant la loi sur les services de santé et des services sociaux pour permettre aux IPS de donner leur congé aux patients hospitalisés, et ce, sans s'ingérer dans le travail des ordres professionnels.
Sans calquer bêtement ce qui se fait ailleurs - et importer du même coup certaines lacunes - ces derniers doivent par ailleurs faire preuve d'ouverture et abattre les barrières inutiles. Si des infirmières praticiennes spécialisées étaient autour de la table réunissant le Collège des médecins et l'Ordre des infirmières, cela aiderait sûrement à convenir d'un règlement qui colle à la pratique des professionnels et aux besoins des patients.