Uber a indiqué qu'elle quitterait le Québec le 14 octobre plutôt que de se plier à une réglementation plus serrée.

Uber: rangeons les épouvantails

ÉDITORIAL / Uber menace de quitter le Québec. Rangeons les mouchoirs et mettons de côté les craintes de voir la province boudée par les grandes entreprises de nouvelles technologies. Les arguments d'Uber et de ses partisans ne tiennent pas la route.
Le directeur général de la multinationale au Québec, Jean-Nicolas Guillemette, soutient que les 35 heures de formation exigées par le ministère des Transports forcent son entreprise à plier bagage. Uber juge la commande d'autant plus exigeante qu'elle vise bon nombre de «partenaires chauffeurs» à temps partiel. 
Un argument repris par le caquiste François Bonnardel. Le député dit comprendre qu'Uber ne se réjouisse pas à demander à des chauffeurs à temps partiel, qui font 10 à 15 heures par semaine, d'aller s'asseoir une semaine de temps non rémunéré pour apprendre les rudiments du taxi. 
Ridicule. Dans quel autre domaine exige-t-on une formation moindre du personnel si l'employé travaille à temps partiel? Les risques d'erreur ou d'accident peuvent survenir uniquement lorsqu'une personne réalise le travail à temps plein? Un client ne peut s'attendre au même service, à la même sécurité si un chauffeur est à temps plein ou à temps partiel?
Il est aussi exagéré de prétendre que les entreprises innovantes vont fuir le Québec ou craindre de s'y installer parce que le gouvernement hausse ses exigences (de formation et de vérification des antécédents judiciaires) à l'égard d'Uber. 
Sur ce point aussi, la réaction de la Coalition avenir Québec, mais aussi celle des jeunes libéraux et celle du président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, sont désolantes.
«Toutes les technologies du XXIe siècle, toutes les start-ups de ce monde, on leur dit : venez pas vous installer dans notre société distincte, parce qu'on va tout faire pour vous mettre des bâtons dans les roues pour ne pas que ça fonctionne», a déclaré le député Bonnardel. «Si vous innovez trop, le Québec ne veut pas faire affaire avec vous», a ajouté son chef François Legault.
Les chambres de commerce applaudissent rarement lorsqu'un gouvernement réglemente. Mais de là à dire, comme l'a fait Michel Leblanc, que le Québec sera perçu comme rigide devant des modèles d'innovation et de nouveaux modèles d'affaires...
Est-ce la crainte d'avoir l'air ringard qui pousse certaines personnes à appuyer sans nuances le discours de la multinationale américaine? Proposer de nouvelles façons de donner des services ou de transporter des gens ne donne pas carte blanche pour faire fi des exigences en matière de sécurité et de formation. D'autres joueurs dans l'industrie du taxi à Québec et à Mont­réal ont démontré qu'ils pouvaient s'adapter aux besoins des clients sans pour autant revenir à la loi de la jungle. Il ne suffit pas non plus de se prétendre de «l'économie de partage» pour définir à sa guise les règles du jeu. 
Le premier ministre Couillard estime que le gouvernement n'a pas à se mettre à plat ventre devant une multinationale. C'est bon à entendre. 
La terre n'a pas arrêté de tourner et l'économie n'a pas stagné le jour où Uber a été chassé ou s'est retiré d'une ville ou d'un pays. Le dernier exemple est Londres. L'autorité des transports de la ville a retiré récemment sa licence à Uber, lui reprochant notamment des failles dans le contrôle des casiers judiciaires de ses chauffeurs. Londres a été accusée de vouloir limiter le choix des clients et, là aussi, certains ont dit craindre que la réputation de Londres comme ville d'innovation et de technologie soit écorchée. Finalement, le Québec n'est pas si distinct.