Le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, promet un meilleur plan pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Avec ses surplus budgétaires, Québec peut en effet faire plus et mieux.

Surplus et lutte contre la pauvreté

ÉDITORIAL / Près de 700 000 Québécois, l'équivalent de la population de Laval et de Gatineau, rappelait récemment Desjardins, sont coincés beau temps mauvais temps par leurs faibles revenus. Sans aide, ils risquent de s'embourber dans le cul-de-sac de la pauvreté. Le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, promet un meilleur plan pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Avec ses surplus budgétaires, Québec peut en effet faire plus et mieux.
Certains diront qu'il est préférable d'accorder des baisses d'impôt avec ces surplus. Si le succès des deux premiers plans de lutte contre la pauvreté est mitigé, à quoi bon investir dans un troisième. Erreur.
La pauvreté coûte cher aussi à une société. Il y a bien sûr les programmes d'assistance sociale à payer. Mais la pauvreté a également des effets sur les coûts de santé, sur le taux de criminalité, l'itinérance. Sans services éducatifs à la hauteur dès la petite enfance, des milliers d'enfants n'ont comme horizon que l'assistance sociale - comme leurs parents - et des «jobines» à vie. La capacité productive du Québec est réduite si une partie de la population est mal outillée. L'analphabétisme, un fléau, nuit à la productivité.
Il est donc payant de consacrer une part de notre marge de manoeuvre budgétaire pour s'attaquer aux causes de la pauvreté et trouver des moyens qui éviteront que trop d'individus tombent dans la trappe de la pauvreté et n'en ressortent pas. 
En 2011, le Conseil national du bien-être social estimait que la pauvreté avait engendré en 2007 des coûts indirects de 25 milliards $ au Canada. S'activer pour que tous les Canadiens aient un revenu au-dessus du seuil de pauvreté et vivent mieux aurait nécessité 12,6 milliards $. La moitié moins. 
En 2015, cinq économistes du Fonds monétaire international concluaient aussi que l'enrichissement des moins nantis et de la classe moyenne stimule plus l'économie que de rendre les riches plus riches.
Dans une récente entrevue au Soleil, François Blais a indiqué que son plan sera étoffé et structuré, qu'il établira des objectifs clairs de réduction de la pauvreté ainsi que des moyens pour les atteindre. Souhaitons que le troisième plan permette au Québec de se rapprocher des objectifs fixés il y a 15 ans. 
Dans un rapport publié vendredi, le Centre d'étude sur la pauvreté et l'exclusion constate que le Québec connaît des reculs dans sa lutte depuis 2008. Entre 2002 et 2008, il avait pourtant enregistré des progrès, notamment en rehaussant les revenus des familles. Le taux de faible revenu est maintenant quatre fois plus élevé chez les personnes seules. Il faut donc porter attention à celles-ci, de même qu'aux personnes âgées, aux autochtones et aux individus souffrant de maladie mentale.
Un plan qui ne viserait qu'à sortir les gens de l'aide sociale pour les mettre au travail serait incomplet. En mars, Desjardins notait que les statistiques sur l'assistance sociale ne donnent qu'une vue fragmentaire de la pauvreté. L'institution regarde également ce qui se passe du côté des banques alimentaires pour prendre le pouls de la situation. 
La demande d'aide alimentaire est en hausse ces dernières années. Qui plus est, 11 % de la clientèle est composée de travailleurs actifs. Un emploi, peu rémunéré et précaire, n'extirpe pas les individus de la pauvreté. Il faut donc prévoir d'autres axes d'intervention, notamment dans les services à la petite enfance, dans les milieux de travail, en éducation, en santé, en services sociaux, ainsi que des mesures d'accompagnement dans les communautés. 
Le prochain budget en dira long sur les ambitions du gouvernement. Fera-t-il un choix de société ou misera-t-il sur ce qui est plus rentable pour sa réélection?