Gerry Sklavounos en conférence de presse, jeudi, accompagné par sa femme

«Socialiser», façon Sklavounos

ÉDITORIAL / Si le député de Laurier-Dorion, Gerry Sklavounos, souhaite devenir exemplaire et réintégrer la famille libérale, encore faudrait-il qu'il reconnaisse en quoi ses comportements passés sont répréhensibles. Être passionné, volubile, extraverti et aimer socialiser n'expliquent pas et n'excusent pas tout.
Bien des femmes et bien des hommes ont dû sourciller jeudi en écoutant sa déclaration, un semblant d'acte de contrition, pour essayer de revenir au sein du caucus libéral. Il n'y a pas que dans la classe politique que sa sortie provoque un malaise.
Entendre un homme de 42 ans, avocat de formation de surcroît, tenter d'expliquer de possibles cas de harcèlement et d'inconduite par des «tentatives de socialiser», «d'alléger l'atmosphère», d'être «friendly», d'être drôle, de jouer le «petit charmeur» est pour le moins déconcertant. On croit revenir au temps où des hommes justifiaient leurs paroles ou leurs comportements déplacés par la jupe «trop courte» et le décolleté «trop plongeant» portés par leurs collègues.
L'automne dernier, après la dénonciation de la jeune Alice Paquet alléguant avoir été violée par le politicien, des médias avaient divulgué que du personnel de l'Assemblée nationale aurait été harcelé par M. Sklavounos. L'opposition a rappelé jeudi qu'une attachée politique du PQ aurait fait des représentations en ce sens en 2012-2013 auprès des libéraux. 
Fort que le Directeur des poursuites criminelles et pénales ait conclu qu'il n'avait commis aucun acte criminel à l'égard d'Alice Paquet, le député semble banaliser les remarques formulées aux médias par des employées de l'Assemblée nationale. Pas de plaintes formelles, pas de problèmes. Il admet cependant qu'il a pu offenser des personnes au travail ou dans des partys de Noël, mais affirme que ce n'était pas son intention et qu'il le regrette. 
«[...] si, dans des tentatives de socialiser, de créer des liens d'amitié ou d'alléger l'atmosphère de manière parfois maladroite, j'ai pu offusquer ou rendre inconfortable d'autres personnes, je tiens à souligner que cela m'apparaît maintenant inacceptable et inapproprié et je m'engage à faire preuve de beaucoup plus de prudence à l'avenir».
Cette sortie publique rappelle celle d'un autre avocat, Marcel Aubut, en 2015. L'homme dans la soixantaine venait de réaliser que la société a changé, «qu'elle exige un plus grand respect entre les individus, plus spécifiquement entre les hommes et les femmes». 
De belles paroles, de belles intentions sont formulées lors de ces déclarations publiques. M. Sklavounos promet d'agir plus prudemment dorénavant. Le Parti libéral doit-il le réintégrer dans ses rangs? On comprend le premier ministre Philippe Couillard d'hésiter et ce n'est pas la sortie de jeudi qui facilitera sa décision. 
Que l'épouse de M. Sklavounos soit sagement à ses côtés et que l'association libérale de Laurier-Dorion l'appuie ne signifie pas que le premier ministre et le caucus doivent faire de même. Une autre femme risque-t-elle de porter plainte contre lui? M. Couillard a aussi sur les bras le cas de son ex-ministre de l'Agriculture, Pierre Paradis. Ce dernier a fait l'objet d'une enquête policière à la suite d'allégations d'inconduite sexuelle de la part d'une employée du cabinet.
Le signal que transmettront le premier ministre et les libéraux à la population, mais aussi au personnel de l'Assemblée nationale, au cours des prochains jours est donc fort important. Ils ne doivent pas banaliser les allégations d'inconduite des députés.
Nous sommes en 2017 et tous les employeurs doivent maintenir un climat de travail exempt de harcèlement et de violence. Les parlementaires doivent donner l'exemple.