Sébastien Proulx, ministre de l'Éducation

Réussite éducative ou électorale?

ÉDITORIAL / Une politique de «réussite éducative» ou une politique de «réussite électorale»? Souhaitons que le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, utilisera tout ce qu'il a entendu et lu lors de la consultation nationale pour bâtir une politique dans l'intérêt des jeunes du Québec, et non dans celui de sa formation politique en vue du scrutin de 2018.
Plusieurs voix réclament que le ministère et le réseau scolaire appuient dorénavant leurs actions sur la recherche sur des données probantes et des pratiques éprouvées.
Trop souvent, au cours des dernières décennies, les orientations des nombreux ministres de l'Éducation ont été guidées par une vision électoraliste, à court terme, répondant à la nouvelle du jour ou à la mode du moment.
Sébastien Proulx, qui est aussi ministre de la Famille, doit casser ce moule. Les attentes sont énormes.
Le ministre va-t-il arriver au printemps avec une politique qui répondra aux besoins à court, moyen et long terme, comme il l'a promis vendredi, ou va-t-il distribuer des millions de dollars à droite et à gauche, redonner à ceux que son gouvernement a affamés depuis deux ans, sans se soucier de l'efficacité des mesures retenues, mais plutôt de leur popularité auprès des parents et de leur rentabilité politique? 
Les libéraux disent faire de l'éducation une «priorité nationale». Jusqu'à maintenant, le bulletin du gouvernement Couillard n'est pas très reluisant en cette matière. Les ministres Yves Bolduc et François Blais étaient obsédés par l'atteinte du déficit zéro, qu'importe que des écoliers soient privés de livres ou que des enfants en difficulté d'apprentissage manquent de services et augmentent leur retard.
En plus d'imposer des contraintes budgétaires, les libéraux ont aussi perdu des mois sur une réforme de gouvernance et de structures qui n'a pas tenu la route et qui manifestement, visait non pas la réussite scolaire, mais bien à courtiser les électeurs de la Coalition avenir Québec qui prônait l'abolition des élections et des commissions scolaires. 
Le «flop» du projet de loi 86 a l'avantage d'avoir incité le ministre Proulx à lancer une vaste consultation sur la réussite éducative. Mieux vaut tard que jamais. À condition toutefois que le ministre ne prenne pas les avis exprimés cet automne pour un baromètre politique et que le programme de ses adversaires politiques ne teinte pas tous ses choix.
Services éducatifs à la petite enfance, prématernelle 4 ans, dépistage précoce, ordre professionnel des enseignants, formation des maîtres, école jusqu'à 18 ans. Les enjeux qui peuvent susciter des tiraillements ne manquent pas. Le ministre doit garder en tête l'intérêt des jeunes, particulièrement ceux de milieux plus défavorisés pour qui le service de garde et l'école constituent l'ascenseur social. Il doit aussi s'assurer de la cohérence de sa politique avec les autres politiques du gouvernement. Les ministères doivent développer leurs «compétences transversales». Dans bien des cas, aider les enfants à réussir et à développer leur plein potentiel passe par un soutien aux parents.
«Une fois les consultations terminées, le ministre devra déterminer ce qu'il estime porteur et accorder la priorité aux actions à entreprendre en fonction des points de vue entendus, d'un état de situation, d'une vision claire des orientations à privilégier, des résultats attendus, de même que des ressources humaines et financières disponibles», indique le Conseil supérieur de l'éducation dans son mémoire. L'organisme consultatif aurait souhaité que les pistes d'action lancées par le ministre soient davantage appuyées par la recherche et par une analyse fine des besoins.
Attendons de voir si cette faiblesse dans le plan de travail du ministre sera corrigée.