Le Québec compte environ 100 000 aînés de plus chaque année. En 2031, ce sera plus du quart de la population qui aura 65 ans et plus.

Régime de rentes: un peu de sérieux

ÉDITORIAL / Le gouvernement Couillard peut difficilement aller à l'encontre de l'avis des experts qui lui recommandent de bonifier le Régime de rentes du Québec, comme ont décidé de le faire Ottawa et les autres provinces avec le Régime de pensions du Canada. Maintenir des rentes inférieures (parfois 2000 $ de moins) à celles des autres Canadiens serait inéquitable, mais aussi difficilement défendable en campagne électorale l'an prochain. Et ce n'est pas la consultation en ligne qu'il mène jusqu'au 24 mai qui lui fournira des arguments solides.
«Une consultation sur le Régime de rentes du Québec qui rate la cible», «consultation bidon», «consultation cavalière». Après avoir suscité en février la colère des associations de retraités et préretraités avec le crédit d'impôt en raison de l'âge, le gouvernement Couillard et son ministre Carlos Leitão sont critiqués à nouveau pour la consultation, en cours sur le Web, sur les modifications envisagées au régime de rentes.
Il est en effet désolant de constater que le gouvernement traite avec légèreté un dossier aussi  complexe et important, tant pour les jeunes que pour les moins jeunes. Il s'agit de déterminer une politique publique pour les 40 prochaines années, les revenus (ou du moins une partie) des futurs retraités, de l'âge d'admissibilité à la retraite, de la rente du conjoint survivant. On n'est pas en train d'élaborer un menu de cantine.
Ce n'est pas la première fois que le reproche est formulé aux libéraux qui ont montré beaucoup de détermination à modifier les régimes de retraite des employés municipaux, mais qui sont beaucoup moins prompts à bonifier le régime de rentes de milliers de personnes qui ne jouissent pas d'un régime complémentaire.
En janvier, lors de la commission des finances publiques, des groupes ont déploré avoir eu peu de temps pour répondre aux scénarios soumis par Québec en décembre. Certains critiquent aujourd'hui le temps imparti et la forme de la consultation en ligne. 
Le ministre s'était engagé à une telle consultation qui peut certes permettre de prendre le pouls d'une partie de la population (1030 personnes ont répondu au questionnaire depuis une semaine), de capter des tendances, mais qui ne peut servir de caution à une réforme.
L'avenir du régime doit reposer sur des bases solides, sur des données probantes, sur des avis éclairés, et ce, même s'ils ne vont pas dans la direction privilégiée au départ par le gouvernement Couillard. 
Celui-ci n'a pas adhéré à l'entente convenue l'été dernier entre Ottawa et les autres provinces. On le sent réticent à forcer les entreprises et les travailleurs à hausser leur cotisation.
En commission parlementaire, l'Institut canadien des actuaires et des membres du Comité d'experts sur l'avenir du système de retraite québécois (l'ancien président du Mouvement Desjardins, Alban D'Amours, l'ancien premier vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Bernard Morency, le professeur et fiscaliste Luc Godbout et l'actuaire René Beaudry) ont démontré que le modèle choisi dans le reste du pays répondait mieux aux besoins des Québécois de la classe moyenne.
Ils ont également calculé que les entreprises d'ici devraient assumer une hausse relativement modeste étalée jusqu'en 2025. La compétitivité de celles-ci ne serait donc pas menacée. D'autres mémoires allaient en ce sens. 
Le gouvernement doit déposer un projet de loi cet automne afin que les modifications apportées au régime québécois entrent en vigueur en 2019, comme dans le reste du pays. Il devra être très convaincant s'il persiste à suivre une direction contraire aux intérêts des futurs retraités.