Plusieurs centaines de véhicules sont restés pris toute la nuit sur l'autoroute 13 Sud.

Raisons de tempêter

ÉDITORIAL / Les traces de la dernière tempête s'effaceront dès les beaux jours, mais les sérieux problèmes mis en relief depuis mardi ne doivent pas être balayés négligemment. Est-ce que les cinq décès survenus sur les routes au cours des derniers jours auraient pu être évités? Est-ce qu'il aurait été possible de mieux informer et de secourir plus rapidement les automobilistes coincés dans leurs véhicules pendant des heures? Un soigneux examen s'impose afin que chacun soit prêt et sache quoi faire lorsque Dame nature mettra de nouveau à l'épreuve nos plans d'intervention.
Problème de communication et de coordination entre le ministère des Transports, les corps policiers et les municipalités? Manque d'effectifs pour déneiger les routes et pour secourir ceux qui en sont prisonniers? Prévention déficiente, réaction tardive des différents acteurs qui doivent se déployer quand le pire survient? Témérité de certains automobilistes qui ont bravé la tempête, refus d'autres d'abandonner leurs voitures?
Bien des hypothèses sont avancées pour expliquer pourquoi la dernière tempête, qui n'est ni la première ni la dernière à laquelle le Québec est confronté, a été si lourde de conséquences et s'est transformée en tempête politique.  
«Pire gestion de crise du gouvernement Couillard», «un scandale à la puissance deux», «cafouillage» «qui va perdre son job», «il y a certainement des gens qui méritent un coup de pied au derrière aujourd'hui». Les partis d'opposition se déchaînaient mercredi matin.
Le premier ministre Couillard et ses ministres des Transports et de la Sécurité publique n'ont pas tenté de nier les ratés des dernières heures. Ils jugent eux aussi la situation inacceptable. La sécurité des personnes a en effet été compromise et c'est inquiétant. 
À Montréal, ce sont les pompiers qui ont pris l'initiative de porter assistance à la Sûreté du Québec sur l'autoroute 13 avant que celle-ci n'en fasse formellement la demande. 
Philippe Couillard pointe pour sa part du doigt le manque d'information donné aux personnes qui attendaient du secours. Un test du système Québec en alerte était prévu mercredi et a dû être annulé. Ça ne s'invente pas. 
À Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud, près de Montmagny, des effectifs ont été déployés pour venir en aide à deux hommes. Mais en vain. Des difficultés ont empêché que deux personnes connaissent une fin tragique. Aurait-on pu l'éviter?
Personne ne peut prendre les choses à la légère en prétextant que la tempête de mardi était exceptionnelle, que les façons de faire en place fonctionnent bien habituellement. 
Les ministres Laurent Lessard et Martin Coiteux promettent un bilan provisoire d'ici vendredi. Qui a fait quoi, à quel moment, qui a demandé du renfort? Les informations des ministères seront croisées avec celle de la ville de Mont­réal notamment.
C'est le point de départ. Avant de lancer la pierre, avant de parler de congédiement, il faut savoir exactement comment les choses se sont déroulées. 
Après, il faudra faire une lecture juste de la situation et ajuster les pratiques et les plans d'intervention en conséquence. Il faudra tirer des leçons. Même si le printemps arrive sous peu, même si l'opposition tentera de soulever d'autres tempêtes sur d'autres sujets, il faudra veiller à ce que le dossier ne soit pas mis de côté et que des ajustements soient apportés même si des déboursés supplémentaires sont nécessaires.
Ce n'est pas tous les hivers qu'il y a un carambolage impliquant 300 véhicules sur l'autoroute 13, notait mercredi le ministre Coiteux. Heureusement. Mais si un jour un évènement similaire se répète, ministère des Transports, corps policiers, pompiers et autres services d'urgence doivent savoir comment réagir efficacement.