Après avoir croupi dans la prison militaire de Guantánamo durant une décennie, suivie de trois ans d'emprisonnement au Canada, Omar Khadr a retrouvé sa liberté il y a bientôt deux ans.

Qui insulte les Canadiens?

ÉDITORIAL / Ce n'est pas que le gouvernement Trudeau puisse verser 10,5 millions $ à Omar Khadr qui est «choquant», «offensant», un «non-sens» ou une «insulte pour les Canadiens». Mais bien, que le Parti conservateur du Canada et la Fédération canadienne des contribuables refusent d'admettre que le gouvernement canadien doit payer, et non seulement s'excuser, pour avoir bafoué les droits d'un citoyen qui a été battu et torturé à la prison militaire américaine à Guantanamo où il a passé 10 années de sa jeunesse.
Les deux organisations retiennent une seule chose : Ottawa va donner 10,5 millions $ à un djihadiste qui a tué un soldat américain et, qui plus est, a plaidé coupable.
Présenté de cette façon, il y a certes matière à attiser le mécontentement des citoyens et des contribuables canadiens, à dépeindre le gouvernement Trudeau comme dépensier, généreux à l'égard d'un terroriste, mais pingre à l'égard de ses propres soldats et anciens combattants. Ottawa verserait 1 million $, 100 000 $ ou 10 000 $, l'opposition à un dédommagement demeurait la même. 
Le cas d'Omar Khadr ne peut toutefois se résumer ainsi.
Omar Khadr avait 15 ans lorsqu'il a été arrêté en Afghanistan, en 2002, et envoyé à Guantanamo. Il avait été enrôlé dans le djihad par son père. C'était un mineur et le Canada, tant sous la gouverne des libéraux que des conservateurs, n'a pas respecté les conventions internationales sur les enfants-soldats dont il est pourtant signataire. Le Service canadien du renseignement de sécurité a violé les droits de l'adolescent. 
Il est vrai qu'Omar Khadr a plaidé coupable à trois chefs d'accusation - dont un pour le meurtre du sergent Christopher Speer - devant un tribunal militaire américain.
Mais, on ne peut balayer du revers de la main que ce plaidoyer a été prononcé afin d'être rapatrié au Canada et de sortir de l'enfer de Guantanamo. Le Canada, faut-il le rappeler, est le seul pays occidental à ne pas avoir retiré ses ressortissants de Guantanamo en 2008. 
Il faut rappeler également que le dossier du jeune Khadr s'est retrouvé plus d'une fois devant la Cour suprême et qu'il a gagné sa cause. Et même si le plus haut tribunal du pays a conclu unanimement que le Canada violait des lois internationales et reconnu que les droits de Khadr ont été bafoués, le gouvernement canadien a continué de lui faire obstacle, aux frais des contribuables. 
Il faudrait poursuivre dans cette voie? Il vaudrait mieux que le gouvernement laisse les tribunaux trancher plutôt que de conclure un règlement de 10,5 millions $ alors que la poursuite pour dommages et intérêts intentée par l'avocat de Khadr est de 20 millions $?
Selon La Presse, Ottawa a déjà dépensé 4,5 millions $ dans ce dossier pour faire cheminer 55 dossiers juridiques. Il faudrait qu'il en rajoute sans être assuré de gagner sa cause? 
«Le premier ministre Justin Trudeau a pris une décision courageuse, mais juste», a déclaré le général Roméo Dallaire, ancien commandant de la force de maintien de la paix des Nations Unies lors du génocide rwandais et ancien sénateur. «Maintenant, je vais pouvoir parler avec fierté et dire que je viens d'un pays qui est à l'avant-garde pour contrer le recrutement des enfants-soldats», a-t-il dit à La Presse
La façon dont le Canada a agi dans ce dossier est en effet gênant. Adhérer à des principes et à des protocoles avec les Nations Unies et se draper de la Charte des droits et libertés ne suffit pas. Il faut les respecter. Et si on y déroge et que les tribunaux nous rappellent les principes de justice fondamentale, il faut avoir l'humilité d'admettre ses torts en s'excusant et en indemnisant la personne lésée.