À écouter Gabriel Nadeau-Dubois, jeudi, on pouvait croire que rien de bon n'avait été réalisé au Québec depuis sa naissance en 1990.

Québec solidaire ou solitaire?

ÉDITORIAL / C'est très «2017» de s'attaquer à la classe dirigeante pour tenter de rejoindre un électorat désabusé et gagner des votes. Mais dire que la classe politique au pouvoir depuis 30 ans a «trahi le Québec» était carrément exagéré de la part de Gabriel Nadeau-Dubois. S'il veut changer le Québec avec Québec solidaire, s'il veut que ce parti obtienne plus que 7,6 % des voix au scrutin de 2018 et que les libéraux soient délogés, Nadeau-Dubois a intérêt à reconnaître que ceux qui ont fait de la politique avant lui, et ceux qui les ont appuyés, n'ont pas erré en tout.
À écouter Nadeau-Dubois annoncer sa candidature à l'investiture de Gouin et comme porte-parole masculin de Québec solidaire, on pouvait croire que rien de bon n'avait été réalisé au Québec depuis sa naissance en 1990. Comme si le monde ordinaire, les mal-pris, les oubliés, dont il veut prendre la défense, n'avaient jamais eu l'attention du Parti québécois et du Parti libéral depuis trois décennies.
Gabriel Nadeau-Dubois a atténué ses propos depuis jeudi. L'apprentissage de la vie politique partisane commence. S'il veut incarner vraiment le renouveau, et c'est heureux qu'un jeune homme brillant se lance en politique à une époque où trop peu de jeunes s'y intéressent, il devra éviter le vieux réflexe politicien qui consiste à dénigrer et à douter de tout ce qui a  été fait avant lui. Avoir soif de nouvelles figures et de nouvelles idées ne signifie pas que l'électorat est prêt à gober n'importe quoi.
Si les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres sont moindres au Québec qu'ailleurs, si certains programmes sont enviés (qu'on pense notamment aux services de garde éducatifs, au régime public d'assurance médicaments, à l'assurance parentale, à la loi sur l'équité salariale), c'est bien parce que les gouvernements étaient animés par une justice sociale - bien avant la création de Québec solidaire - et que la société le souhaitait ainsi.
Bien sûr, l'objectif d'équilibrer les finances publiques a créé des situations déplorables pour les plus vulnérables ces dernières années. Il est aussi navrant que le gouvernement Couillard ait établi un échéancier serré pour le retour à l'équilibre pour pouvoir un an avant les élections multiplier les réinvestissements. Il n'en demeure pas moins que la santé financière et la dette du Québec préoccupent bon nombre de citoyens. Aucune formation politique ne pourra l'ignorer. Comme elles ne peuvent passer à côté du développement économique.
Gabriel Nadeau-Dubois souhaite proposer des politiques plus progressistes. Il estime que beaucoup de Québécois sont insatisfaits de la direction prise par le Québec depuis 30 ans. Est-ce que la direction qu'il proposera ralliera assez de monde pour retirer le pouvoir aux libéraux? En 10 ans d'existence, le parti a réussi à faire élire seulement trois députés. S'unir avec Option nationale ne résout pas le problème de la division du vote chez les francophones, les souverainistes et les progressistes. Si aucun rapprochement ne se concrétise avec le PQ, la présence de Nadeau-Dubois alimentera certes de bons débats, mais les libéraux conserveront leur place.
La candidature de Gabriel Nadeau-Dubois a pour le moment un effet galvanisant pour Québec solidaire. Le Devoir rapportait vendredi que plus de 600 personnes avaient pris leur carte du parti ou effectué des dons dès son entrée en scène. Est-ce que l'effet positif se maintiendra et s'étendra au-delà de Montréal?
C'est une chose de gagner dans Gouin. C'en est une autre d'élire des députés ailleurs au Québec. C'est une chose de rallier les milléniaux. Mais il faut aussi séduire et convaincre des gens de toutes générations pour prendre le pouvoir et gouverner dans l'intérêt de tous. 
C'est une chose de gagner dans Gouin, une autre d'élire des députés partout au Québec.