Éleves

Place aux bonnes intentions

ÉDITORIAL / Être devant un élève qui promet de s'appliquer et de viser l'excellence tout le reste de son parcours scolaire, alors qu'il a bâclé ses travaux et fait preuve d'insouciance les années précédentes. C'est le sentiment qui se dégage de la politique de la réussite éducative du gouvernement Couillard. De bonnes intentions (des services éducatifs dès la petite enfance et tout au long de la vie), des objectifs de diplomation ambitieux, mais exprimés à la fin du mandat des libéraux, preuve que l'éducation est arrivée tardivement dans leur liste de priorités.
La patience des parents, des élèves, du personnel des écoles et des services de garde a été mise à l'épreuve au nom de l'atteinte de l'équilibre budgétaire. Québec recommence à réinvestir en éducation, mais il faudra encore de la patience pour savoir où mènera la série de plans d'actions, de stratégies, de chantiers et de tables de concertation que prévoit le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, dans sa politique «Le plaisir d'apprendre, la chance de réussir», lancée à la veille des vacances scolaires et à 16 mois des élections.
Des actions rapides étaient souhaitées. Augmenter les compétences en littératie et en numératie, on fait ça comment? Le dossier des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation et d'apprentissage, toujours plus nombreux, est un enjeu majeur dans les écoles. Or, pour savoir concrètement ce qui changera dans les classes, il faudra attendre la fin des travaux que le ministre mettra en branle pour réviser le modèle de financement de ces élèves, pour établir «un seuil minimal de services spécialisés et intégrés dans les écoles et les centres pour assurer une réponse équitable aux besoins des élèves» et pour inciter les établissements privés à accueillir davantage cette «clientèle». 
Patience requise aussi pour la valorisation de la profession enseignante dont on parle pourtant depuis nombre d'années. M. Proulx parle «d'un bouquet de gestes concrets», mais aucun bourgeon ne pointe. Ce n'est pas parce qu'un prix sera décerné à une enseignante qui innove dans ses pratiques pédagogiques que la profession sera valorisée et convoitée autant que la médecine. La formation initiale et la formation continue doivent être bonifiées. 
Maints acteurs du réseau se réjouissent, et avec raison, que les discussions sur les structures soient mises au rancart et que le ministre s'attaque aux «vraies affaires» - la réussite des élèves - notamment en misant sur une intervention précoce auprès des tout-petits et leur famille. Souhaitons qu'il réussisse à mobiliser tous les acteurs. 
Il faut cependant plus que des mots. «La politique de réussite éducative que nous lançons aujourd'hui est le commencement d'un grand projet collectif. [...] Une éducation qui donne à tous les mêmes chances de réussir est un puissant levier d'équité sociale», a déclaré le premier ministre qui aime rappeler le rôle joué par le gouvernement de Jean Lesage dans les années 60.
Or, le Conseil supérieur de l'éducation concluait l'automne dernier que notre système scolaire est le plus inéquitable au Canada. Il «échappe une proportion plus importante d'élèves ou de personnes de milieux défavorisés, ce qui perpétue le cycle de la pauvreté et de l'exclusion sociale». La politique est malheureusement muette sur plusieurs causes de cette iniquité.
Il faudra veiller à ce que la diversification des parcours scolaires préconisée dans la politique ne devienne une façon d'inciter les élèves, plus faibles académiquement ou moins fortunés, à choisir un parcours court plutôt que de leur fournir le soutien professionnel qui leur permettrait de pousser leurs études au cégep et à l'université. Ce serait là un triste retour dans le passé.