Le ministre de l'Agriculture du Québec Pierre Paradis

«Multimillionnaires» des campagnes

ÉDITORIAL / Est-ce la menace des agriculteurs de retirer aux motoneigistes le privilège d'accès à leurs terres en février? Est-ce le désir du gouvernement Couillard d'établir de meilleurs rapports avec le milieu rural à moins de deux ans des élections? Est-ce la crainte de perdre son poste de ministre? Après avoir minimisé les impacts des modifications apportées au Programme de crédit de taxes foncières agricoles et affirmé que celles-ci n'affecteraient que des «multimillionnaires» qui vont passer Noël quand même, le ministre Pierre Paradis demande l'éclairage d'un expert en fiscalité. Un changement de ton bienvenu.
Jusqu'à cette semaine, l'Union des producteurs agricoles (UPA), la Fédération des municipalités du Québec et l'opposition péquiste et caquiste n'avaient pas réussi à ébranler le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation.
M. Paradis répétait inlassablement que seulement 1 % des entreprises agricoles - 300 sur 30 000 - subiraient une hausse supérieure à 30 % de leur compte. Qui plus est, que 2500 petits producteurs de plus pourraient à compter de janvier 2017 accéder au Programme. Québec juge toujours le Programme essentiel étant donné le soutien offert aux autres producteurs à l'échelle mondiale, mais a voulu éliminer sa lourdeur administrative. 
Si l'Union paysanne salue les changements, l'UPA n'a pas du tout la même lecture. Selon elle, les effets négatifs sont beaucoup plus grands que ceux estimés par Québec. Elle déplore aussi l'iniquité de la réforme. Une minorité de producteurs verront baisser leurs taxes foncières alors que d'autres subiront une hausse supérieure à 100 %. L'UPA estime que les comptes de taxes vont augmenter de 30 à 40 % en moyenne pour 80 % de ses membres. 
Autre élément important pour l'ensemble des contribuables qui soutient l'industrie, l'UPA craint également des abus de la part de gentleman farmer ou de producteurs du dimanche puisque Québec a éliminé les critères d'admissibilité au Programme de crédit de taxes foncières agricoles, notamment afin de donner un coup de pouce à la relève. Un objectif fort louable, pourvu bien sûr que des pseudo-producteurs ne profitent pas du système. Jusqu'à maintenant, un agriculteur devait avoir une production annuelle destinée à la mise en marché égale ou supérieure à 5000 $.
Qui dit vrai dans tout ça? L'Union paysanne, qui souhaite l'abolition du monopole syndical, soutient sur son site que l'UPA ne dit pas tout. Elle a aussi indiqué que l'UPA est surtout indisposée du fait que Québec a éliminé l'obligation d'avoir payé sa cotisation à l'UPA pour avoir droit au remboursement d'impôt foncier agricole. Une accusation que réfute l'organisation.
Quels chiffres sont les bons? Ceux du ministère des Finances, ceux de l'UPA et de Raymond Chabot Grant Thornton, ceux de la Coop fédérée et de la firme Forest Lavoie? 
Pour faire baisser la pression, le ministre nommera un expert en fiscalité municipale pour faire le point. Il se dit prêt à corriger le tir s'il y a erreur.
Cette attitude est préférable à la confrontation. D'autant plus que la mésentente entre M. Paradis et l'UPA, qui a réclamé sa démission, risque de se répercuter dans l'industrie de la motoneige. Une stratégie utilisée par le passé.
Rappelons que l'agroalimentaire génère des milliers d'emplois partout au Québec. La contribution de ce secteur est majeure dans notre économie. Personne ne gagne si le ministre et les agriculteurs passent leur temps à se quereller plutôt qu'à déterminer comment le secteur peut mieux tirer son épingle du jeu sur le marché québécois et étranger, et mieux répondre aux besoins des consommateurs.