Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a déposé vendredi le projet de loi 144 dont le but est d'accroître la portée du droit à la gratuité des services éducatifs et de renforcer les mesures visant le respect de l'obligation de fréquentation scolaire.

Moins d'élèves sacrifiés

ÉDITORIAL / La volonté politique qui faisait défaut depuis des décennies se manifeste enfin à Québec. Le ministère de l'Éducation se donne les moyens, juridiques du moins, de donner tout son sens au droit à l'éducation. Si cette volonté se maintient, si le projet de loi 144 est adopté et mis rigoureusement en application, les innocentes victimes d'une scolarisation déficiente à la maison ou dans des écoles délinquantes, souvent religieuses, devraient être moins nombreuses.
Il y aura également moins de risques que le gouvernement du Québec et une commission scolaire se retrouvent devant les tribunaux parce que des enfants devenus adultes les accusent d'avoir violé leur droit à l'éducation. 
Certains se souviendront de celui qui a déposé une telle poursuite, Yohan Lowen, et de son passage à l'émission Tout le monde en parle, en 2014. L'homme, qui a vécu dans la communauté juive Tash à Boisbriand, illustrait le tort irréparable que peuvent causer une éducation et une scolarisation empreintes d'endoctrinement et coupées des exigences de l'État et de la réalité des autres petits Québécois.
Dans ce cas, c'est la communauté juive ultra-orthodoxe qui était visée. Il y a une vingtaine d'années, ce sont les écoles évangéliques qui étaient pointées du doigt. Au fil des ans, bien des ministres de l'Éducation se sont retrouvés sur la sellette à la suite de reportages relatant que des enfants ne suivaient pas le régime pédagogique du ministère, des pans de programmes étant négligés ou ignorés pour faire place davantage à l'enseignement religieux ou aux croyances diverses de leurs parents.
Chaque ministre promettait d'agir. Cette fois, la volonté de ne pas laisser des enfants à la traîne semble réelle. L'étude du projet de loi en commission parlementaire, normalement l'automne prochain, permettra de voir si des lacunes subsistent.
Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a déposé vendredi le projet de loi 144 dont le but est d'accroître la portée du droit à la gratuité des services éducatifs et de renforcer les mesures visant le respect de l'obligation de fréquentation scolaire.
Sa collègue Lucie Charlebois modifie de son côté la Loi sur la protection de la jeunesse. Les intervenants pourront conclure qu'un parent compromet le développement de son enfant si celui-ci ne fréquente pas une école ou ne suit pas un cheminement scolaire adéquat. Un enfant pourrait donc être retiré de son foyer pour ce motif. 
Québec aura aussi accès à une banque d'informations de la Régie de l'assurance maladie. Il pourra ainsi vérifier si des enfants de 6 à 16 ans ne fréquentent pas l'école. Dans le cas des écoles illégales, des amendes et des sanctions sont aussi prévues. Encore faudra-t-il que les pratiques délinquantes soient décelées.
Sébastien Proulx soutient que jamais Québec n'a disposé d'autant de pouvoirs pour faire respecter la Loi sur l'instruction publique. «J'ai fait rapidement le constat qu'au ministère de l'Éducation, nous n'avions pas les pouvoirs de faire des enquêtes et inspections. Et, dans le contexte actuel, il m'apparaissait totalement illogique et inadéquat de ne pas posséder ces outils et ces pouvoirs-là». Il était temps en effet. 
Espérons que la détermination affichée par le ministre et que les changements législatifs proposés ne visent pas qu'à calmer la grogne que suscitent les écoles religieuses qui détiennent un permis du ministère, ainsi que du financement public, malgré des manquements au contenu des cours et à la formation de leurs enseignants. Le suivi du ministère et des commissions scolaires devra être serré. C'est là qu'on évaluera le sérieux du ministre.