Mieux vaut la retraite Trudeau

ÉDITORIAL / Le gouvernement Couillard ne peut continuer de se dissocier du plan retenu par Ottawa et neuf provinces pour bonifier le régime de pensions du Canada. S'il refuse de modifier en ce sens le Régime de rentes du Québec, il donnera raison à ceux qui l'accusent de se plier aux intérêts des entreprises et des institutions bancaires aux dépens de la sécurité financière des futurs retraités de la classe moyenne.
Ce ne sont pas que des syndicats et des organismes sociaux qui ont demandé la semaine dernière au ministre Carlos Leitão de suivre le modèle convenu en juin dans le reste du pays, afin d'éviter que les Québécois reçoivent moins à la retraite (environ 2000 $ de moins) que les autres Canadiens.
L'Institut canadien des actuaires et des membres du Comité d'experts sur l'avenir du système de retraite québécois (l'ancien président du Mouvement Desjardins, Alban D'Amours, l'ancien premier vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Bernard Morency, l'actuaire René Beaudry et le professeur et fiscaliste Luc Godbout) ont relevé les lacunes de la position adoptée jusqu'à maintenant par Québec.
Ces experts concluent que l'option canadienne répond mieux aux besoins des Québécois de la classe moyenne. Pour ceux gagnant entre 30 000 $ et 55 000 $ par année, par exemple, l'augmentation de la rente est plus du double. Ils voient dans la formule d'Ottawa une excellente opportunité d'investissement pour les jeunes et les travailleurs de la classe moyenne. Pour une contribution de 240 $ de plus par an au Régime de rentes, une personne pourrait toucher une rente additionnelle de 2176 $ par an selon le modèle canadien.
Formule trop coûteuse pour le Québec? Le ministre se dit préoccupé par la capacité de payer des travailleurs et des entreprises, notamment des PME. Le Québec ne doit pas nuire à sa compétitivité. 
Sur ce point aussi, l'Institut des actuaires et le comité d'experts minimisent les craintes. Ils parlent de coût raisonnable, d'impact marginal, d'une hausse relativement modeste étalée jusqu'en 2025. Signalons aussi que Québec avantage déjà les entreprises d'ici par les modifications apportées aux régimes privés à prestations déterminées.
Nos entreprises paient déjà plus que leurs homologues du Canada? Des experts ont fait valoir que c'est la contribution au Fonds des services de santé qui explique principalement l'écart. Notons que c'est au Québec que la création d'emplois a été la plus importante l'an dernier, et ce, même si les taxes sur la masse salariale y sont plus élevées.
L'Institut des actuaires et le comité D'Amours déplorent d'ailleurs que la contribution au Régime des rentes soit amalgamée aux taxes sur la masse salariale. «Les cotisations à un régime de retraite ne sont pas des dépenses, mais bien de l'épargne qui sert à reporter la consommation», soutient l'Institut. C'est de l'épargne pour s'éviter des problèmes en 2030, en 2040,  a signalé Bernard Morency. 
Il est souvent difficile pour un gouvernement, souvent par calculs partisans, de se projeter plus loin que les prochaines élections. Il le faut pourtant pour prévoir les conditions de vie et le pouvoir d'achat des futurs retraités.
«C'est le début et non la fin du processus», a précisé M. Leitão. Souhaitons que la suite colle mieux aux besoins des citoyens. Québec pourrait très bien adopter le modèle canadien et, par la suite, mener une véritable consultation (pas une commission parlementaire de quatre jours sur un scénario déposé le mois précédent). Il est temps d'ajuster le régime aux réalités d'aujourd'hui (longévité accrue, plus de femmes sur le marché du travail, plus de travailleurs autonomes, retraite progressive, etc.). Des choses ont changé depuis 50 ans.