Dans le cas de la légalisation du cannabis, on verrait le gouvernement québécois calquer le modèle de sociétés d'État comme la SAQ ou Loto-Québec.

L'État, le meilleur pusher?

ÉDITORIAL / Légaliser le cannabis peut rimer avec santé... à certaines conditions, selon l'Institut national de santé publique du Québec. Et parmi elles figure le système de commercialisation qui devrait, selon l'Institut, «tendre vers une logique à but non lucratif». Même si la présence de l'État dans des activités commerciales en agace certains, même si d'autres sont réfractaires à un encadrement strict du futur marché du cannabis, la santé et la sécurité du public doivent guider la décision du gouvernement Couillard.
La ministre déléguée à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois, soutient que son gouvernement n'a pas encore déterminé quel serait le modèle de distribution qui prévaudra lorsque le cannabis deviendra légal en juillet 2018.
Récemment, La Presse publiait cependant que le comité ministériel chargé d'étudier la question avait opté pour l'entreprise privée que le gouvernement compte soumettre à un encadrement règlementaire serré. L'article faisait aussi état que le ministre Martin Coiteux était opposé à la création d'un autre monopole d'État.
Lorsqu'une journaliste lui a demandé lundi si le sujet donnait lieu à une partie de bras de fer au sein du cabinet, Mme Charlebois a préféré parler de «discussions saines». Le forum d'experts qu'elle a réuni pour les 19 et 20 juin nourrira les réflexions, dit-elle. 
Santé et sécurité sont les mots clefs. Si la prohibition du cannabis a été un échec - les jeunes Canadiens sont parmi les plus nombreux au monde à consommer - le changement d'approche doit se faire de manière réfléchie et rigoureuse afin d'éviter le même cul-de-sac. 
Si l'Association des médecins psychiatres du Québec a fait une sortie remarquée lundi en demandant aux gouvernements ne pas autoriser la consommation avant l'âge de 21 ans à cause des risques énormes qu'elle comporte pour la santé des jeunes, elle formule également des craintes sur la distribution du produit.
Selon l'Association, la distribution ne devrait être soumise à aucune logique de profits ou de croissance des activités de vente. Elle souhaite aussi que les employés soient formés et récompensés pour dépister les problèmes et guider vers des services les personnes dont la consommation est excessive. Le groupe Jeunes médecins pour la santé publique a fait un plaidoyer similaire. 
Dans un document publié en novembre, l'Institut national de santé publique du Québec soutient que la recherche de profits avec le cannabis légalisé est incompatible avec les objectifs de santé publique. «[...] une approche à but non lucratif, qui vise à répondre à la demande sans la stimuler, est à privilégier dans la mesure du possible.»
On verrait mal calquer le modèle de sociétés d'État comme la SAQ ou Loto-Québec. On a vu dans ces deux cas que l'appétit pour des dividendes fait trop souvent oublier au gouvernement qu'il doit veiller sur la santé publique. Il faut innover. 
Créer une nouvelle société d'État à but non lucratif dont la mission de prévention serait sous l'autorité du ministère de la Santé et des Services sociaux ou confier la vente du cannabis à des organismes à but non lucratif qui obtiendraient une licence d'une agence gouvernementale sont des voies suggérées par l'Institut.
À Ottawa, le Groupe de travail sur la légalisation et la règlementation du cannabis a aussi constaté que la mise en place d'un monopole gouvernemental sur la distribution en gros recueillait un grand soutien. 
Les craintes sont grandes chez les Québécois, révélait un récent sondage. Québec devra avoir de bons arguments s'il va à l'encontre des avis des médecins et de la santé publique.