Si Gaétan Barrette et les libéraux se targuent à la prochaine campagne électorale d'avoir aboli les frais accessoires au Québec, il faudra se rappeler qu'ils ont été forcés de le faire.

Les patients «accessoires»

ÉDITORIAL / Si Gaétan Barrette et les libéraux se targuent à la prochaine campagne électorale d'avoir aboli les frais accessoires au Québec, il faudra se rappeler qu'ils ont été forcés de le faire. Si les patients n'ont plus à payer pour recevoir certains soins dans les cabinets de médecins, le mérite revient aux «pressions populaires» et à la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott.
«On demande une loi sans frais accessoires et quand on fait ça, on est obligé d'interdire une pratique qui était à l'avantage des patients. J'avise la population que quand on fait des lois qui sont le résultat de pressions populaires, qui elles-mêmes ne sont pas réfléchies, bien ça peut donner ça», a déclaré cette semaine le ministre Barrette, manifestement irrité que sa bonne nouvelle de l'automne de mettre fin aux frais accessoires le 26 janvier s'avère au jour J un méli-mélo, faute d'ententes avec les omnipraticiens et les médecins spécialistes. 
Difficile après une telle déclaration de croire que le ministre de la Santé ne s'est pas fait forcer la main par des recours juridiques et Ottawa pour abolir les frais demandés aux malades pour des soins qui normalement devaient être assumés par le régime public d'assurance maladie. Il a voulu tourner le tout à son avantage, mais le jeu a été plus difficile. 
En septembre, M. Barrette et le Parti libéral du Québec semblaient préparer leur matériel pour les élections de 2018. «[...] il n'y aura plus de gouttes ni à 200 $, ni à 1 $, ni à 0,50 $, il n'y aura plus de frais. [...] C'est donc, ici, l'abolition complète des frais accessoires», claironnait fièrement le ministre, carte-soleil en main.
Nous avions noté dans cette page la conversion soudaine de M. Barrette. En 2015, il soutenait qu'il était impossible de mettre fin à la surfacturation et d'assumer la facture de 50 millions $. Il craignait que l'abolition des frais limite l'accès aux services, voire qu'elle entraîne une hausse d'impôt. Il voulait donc «normaliser» les frais.
Surprise, cet automne, toutes les difficultés s'étaient dissipées. Il estimait les frais accessoires à plus de 80 millions $, mais pas de problème, le tout serait financé à même l'enveloppe salariale des médecins. M. Barrette semblait savoir comment passer aisément d'un régime à l'autre sans que les patients soient pénalisés.
Ce n'était manifestement pas le cas. Une entente a été conclue avec les omnipraticiens, mais des zones grises subsistent. Reste à voir si celle convenue avec les médecins spécialistes sera plus complète. 
Tous disent travailler dans l'intérêt des patients. On a plutôt le sentiment qu'ils ont été obligés d'abandonner une pratique qui convenait fort bien à chacune des parties.
Québec et Ottawa économisaient de l'argent en refilant une facture aux malades, et des médecins pouvaient peser sur le crayon et réclamer des frais sans que personne n'intervienne, même si cela contrevenait à la Loi canadienne sur la santé depuis plus de 10 ans. Encore récemment, ni le Collège des médecins, ni la Régie de l'assurance maladie du Québec, ni Ottawa ne s'étaient montrés très prompts à mettre fin à la facturation. Espérons que ce temps est révolu.
Aujourd'hui, M. Barrette, habitué à mettre de l'argent dans les poches des médecins et non d'en retirer, se montre en plus incapable de faire fléchir Ottawa et de l'inciter à hausser son financement en santé. Ses techniques «bulldozer» de négociation échouent. 
Il est facile pour le ministre de faire porter les difficultés qu'entraîne le retrait des frais accessoires sur des tiers, sur ceux qui ont fait pression pour qu'ils disparaissent. Il y a cependant des réformes et des réorganisations qu'il a lui-même «réfléchies» et initiées, qu'on pense à la création de supercliniques, qui connaissent des ratés.