La vigile de lundi devant l'église Notre-Dame-de-Foy

Le procès des Québécois

ÉDITORIAL / Impossible d'y échapper. Le geste meurtrier d'Alexandre Bissonnette contre la communauté musulmane entraine aussi le procès des Québécois. Et c'est correct qu'il en soit ainsi si on veut éviter, autant que faire se peut, la répétition d'actes haineux et funestes.
La fusillade de dimanche soir nous a fait réaliser une fois de plus que nous n'étions pas, à Québec et au Québec, immunisés contre l'horreur, contre l'incompréhensible, contre la rage d'un homme qui s'attaque à ses semblables. Après chaque tragédie du genre (tuerie à l'Assemblée nationale, à l'École Polytechnique, au collège Dawson) le Québec a tiré des leçons, a développé des mesures de prévention. Nous avons dans ces tristes évènements, réussi à soutirer des éléments positifs. 
Le même exercice s'impose après l'attaque à la mosquée de Québec. Il faut voir la réalité en face, s'avouer nos travers (Québécois de souche ou d'adoption) et admettre que des propos ou des comportements ont un potentiel malsain, voire dangereux. Il doit y avoir, comme le souhaite le premier ministre Philippe Couillard, un «avant» et un «après».
Déjà, des désirs de changements s'expriment. Au lieu de se replier sur elle-même après la perte de six de ses membres, la communauté musulmane dit vouloir ouvrir davantage ses mosquées pour se faire connaître. Le ministre de la Sécurité publique promet pour sa part qu'il y aura plus de rétrospection de la part des corps policiers lorsque des gestes haineux seront posés contre les lieux de culte.
Le ministre responsable de la région de Québec, François Blais, songe à des activités de rapprochements entre les Québécois «natifs» et la communauté musulmane. On parle aussi de meilleure insertion sur le marché du travail.
Par ailleurs, des citoyens avancent qu'il faudrait que la police prenne moins à la légère les groupes d'extrême droite. Les médias rappelaient mardi un rapport du ministère de la Sécurité publique indiquant que les crimes haineux, notamment celle visant la religion musulmane, sont en hausse depuis 2009. 
Bien sûr, Alexandre Bissonnette est le seul à avoir manié les armes dans la mosquée de Québec et à avoir tué et blessé des innocents. Mais on ne peut faire fi de la société et du contexte où il évolue. Il faut tout faire pour que d'autres personnes ne nourrissent pas le même sombre dessein.
Comme élus et citoyens, nous ne défilerons pas devant les tribunaux pour répondre des actes commis dimanche soir. Mais nous devons nous interroger sur nos comportements, sur nos paroles. Le but n'est pas de trouver des coupables par association, de «s'autoflageller» comme le dit le chef péquiste Jean-François Lisée, mais bien de faire mieux à l'avenir. 
Il ne s'agit pas de contraindre tout le monde au silence, d'éviter les débats ou de nier nos «valeurs». Simplement, de débattre dorénavant plus intelligemment et respectueusement. Simplement, de bien peser et choisir ses mots. «Les mots prononcés, les mots écrits aussi, ne sont pas anodins. À nous de les formuler. À nous de les choisir. Ils peuvent unir, ou diviser ou blesser. À nous de choisir», affirmait M. Couillard dans son allocution de lundi. Mardi, il invitait à faire attention au message en filigrane parfois nuisible au vivre-ensemble, à combattre la parole par la parole. 
Oui, il faut parler d'immigration, de racisme, d'exclusion. Mais en visant les véritables enjeux et non en entretenant les peurs, les préjugés et en faisant des amalgames douteux. S'appuyer sur des faits, sur des données probantes, sortir de son fil Facebook ou Twitter pour diversifier sources et points de vue, ça doit bien être possible encore en 2017.