Le poids de la paperasse

ÉDITORIAL / Le ministère des Transports s'embourbe dans sa bureaucratie. Si les critiques les plus sévères du dernier rapport de la Vérificatrice générale sont dirigées vers lui, un ménage est aussi souhaité dans la façon dont le ministère de la Santé et des Services sociaux et celui de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur exigent une reddition de compte aux établissements de leur réseau. Là aussi, il y a beaucoup de brassage de paperasse superflue. Là aussi, il y a des ressources humaines et financières qui pourraient être mieux utilisées.
Reprenons quelques constatations de l'équipe du vérificateur concernant ces ministères qui accaparent la plus grande part du budget du Québec.
-Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur (MÉES) ne possèdent pas de portrait de l'ensemble de l'information qu'ils exigent des organismes de leur réseau et des coûts de cette reddition de comptes.
- Ces ministères n'ont pas mis en place de processus efficace pour évaluer périodiquement la pertinence de l'information demandée aux organismes des réseaux afin d'en limiter le volume le cas échéant. 
- Les lacunes persistent quant à la qualité des données cliniques produites dans le réseau de la santé et des services sociaux, malgré des rapports délivrés à ce sujet au cours des 16 dernières années.
- Le suivi effectué par les deux ministères est insuffisant.  Il ne permet pas de faire une analyse adéquate de la situation ni de fournir aux organismes une rétroaction complète et en temps opportun afin de favoriser la mise en place de mesures correctrices dans les meilleurs délais.
La reddition de comptes, «qu'ossa donne»? À se donner bonne conscience? À fournir du travail à des fonctionnaires? À faire rager les dirigeants et le personnel sur le terrain qui auraient mieux à faire pour répondre aux besoins des malades ou des élèves que de produire des rapports dont personne ne prendra connaissance? Le cheminement de l'information s'avère complexe dans ces vastes réseaux et sollicite plusieurs acteurs. Ne dépensons pas des énergies inutilement.
Normalement, la reddition de comptes existe pour s'assurer que les fonds publics sont utilisés de façon efficiente et efficace, et que la responsabilité que le ministère a confiée à une commission scolaire, à un centre intégré de santé et de services sociaux, à un cégep ou à une université, a été bien remplie. Elle permet également de rajuster le tir si nécessaire, de prendre des décisions mieux éclairées.
En 2015-2016, 23 % du budget du gouvernement du Québec a  été destiné aux organismes du réseau de la santé et 15 % à ceux du réseau de l'éducation. Le bureau du vérificateur rappelle que 57,4 milliards $ ont été consacrés à ces missions durant cette période. 
Les besoins, tant en santé qu'en éducation, ne sont pas en baisse. La capacité de payer des contribuables a cependant des limites. La machine gouvernementale doit donc fonctionner rondement. La reddition de comptes doit retrouver tout son sens et se faire efficacement.
Ces dernières années, des voix se sont élevées dans les universités, les cégeps, les commissions scolaires, le réseau de la santé et dans les municipalités pour réclamer un allègement de la reddition de comptes. Faisant face à des restrictions budgétaires, ils voulaient que les fonds publics servent à donner des services directs et non à alimenter des banques de données. Le gouvernement Couillard a répondu aux doléances des municipalités. Le même exercice s'impose en santé et en éducation.
Dans leur réponse à la Vérificatrice générale, les ministères manifestent leur volonté d'améliorer leurs pratiques. Les changements législatifs apportés dans ces deux secteurs depuis deux ans donnent en effet l'occasion de faire les choses autrement, et non de reproduire les mêmes lacunes.