Le Vérificateur général du Québec a déposé mercredi un autre rapport fort critique à l'endroit du ministère des Transports.

Le ministère «perfectible»

ÉDITORIAL / Le ministère des Transports reconnait que ses pratiques en matière de gestion contractuelle sont «perfectibles». C'est le moins que l'on puisse dire!
Lorsque le principal donneur d'ouvrage confie au privé une part importante de la conception des plans et devis ainsi que la surveillance des chantiers sans prendre les moyens nécessaires pour encadrer adéquatement le travail des firmes externes, la situation exige de ne pas attendre des années pour corriger le tir.
Lorsqu'un ministère attribue 3038 contrats de 25 000 $ et plus, pour un total de 1,6 milliard $ dans une année, les fonds publics doivent être gérés selon les règles de l'art.
Or, le Vérificateur général du Québec a déposé mercredi un autre rapport fort critique à l'endroit du ministère. Il conclut que le ministère des Transports demeure vulnérable sur le plan de l'expertise. Un passage que doit savourer l'Association des ingénieurs du gouvernement du Québec dont un bon nombre se retrouve aux Transports.
Guylaine Leclerc relève aussi que la majorité des avenants vérifiés par son équipe et qui entraînent des dépenses supplémentaires n'ont pas obtenu les autorisations requises avant le début des travaux. Dans un cas, il a fallu 214 jours avant qu'une demande aboutisse au bureau du sous-ministre. L'équipe de la vérificatrice constate également que le MTQ ne respecte pas toutes les règles fixées par le Conseil du trésor quand vient le moment d'octroyer des contrats à d'ex-employés. Le ministère manquerait aussi de rigueur dans ses évaluations.
Les rapports accablants s'empilent et le MTQ n'a toujours pas suivi toutes les recommandations que lui formulait le vérificateur en 2009. C'est le jour de la marmotte, a lancé le député caquiste, Benoit Charette. Et vogue la galère, a ajouté le péquiste Alain Therrien. Un sentiment d'exaspération que partagent bon nombre de Québécois et qui s'ajoute au cafouillage sur l'autoroute 13, l'hiver dernier.
Le MTQ réplique au vérificateur qu'il a déjà mis en oeuvre une série de mesures pour assurer l'intégrité et la saine gestion des contrats publics. «Toutefois, le nombre et l'ampleur des changements apportés impliquent un temps d'ajustement nécessaire pour en apprécier l'intégralité des bénéfices». 
La patience des Québécois a des limites. 
Après les rapports du vérificateur, après le rapport de Jacques Duchesneau en 2011, après le rapport de la commission Charbonneau en 2015, ils ont hâte «d'apprécier l'intégralité des bénéfices» découlant de la «transformation organisationnelle» du MTQ. 
«Les Québécois, ce qu'ils demandent, tout comme le gouvernement, c'est d'en avoir pour leur argent», affirme le ministre Laurent Lessard qui dit vouloir de la rigueur partout. 
À la lecture du rapport et des commentaires de la vérificatrice, force est de constater qu'il reste beaucoup à faire pour que le mot «rigueur» soit associé au ministère des Transports. 
On peut se demander aussi si le gouvernement Couillard aurait engagé en janvier une grande «transformation organisationnelle» au MTQ si l'ex-ministre Robert Poëti n'avait pas écrit une lettre faisant part de ses inquiétudes à son successeur, à la suite des observations formulées par l'analyste Annie Trudel. Les allégations de celle-ci sont à l'origine de l'audit de la vérificatrice.
Mme Leclerc rappelle que le but de son mandat n'était pas de juger des allégations de Mme Trudel. «Un lanceur d'alerte nous fournit de l'information. À partir de ça, nous, on va beaucoup plus large que ce que le lanceur d'alerte nous mentionne». 
Heureusement que les deux existent pour inciter le ministère à revoir ses pratiques. Cette fois sera-t-elle la bonne?