Des messages et des fleurs laissés devant le Centre culturel islamique de Québec

Le cimetière qui donne la trouille

ÉDITORIAL / Le projet de cimetière musulman soulève des inquiétudes à Saint-Apollinaire. Des citoyens ont peur des musulmans. Morts ou vivants. Une telle réaction est désolante, désespérante. Mais heureusement, ni les élus locaux ou provinciaux n'ont tenté d'attiser ou de faire du millage avec les craintes d'une minorité de citoyens. Il y a là lueur d'espoir pour le «vivre ensemble» au Québec.
La réaction posée et d'ouverture est-elle la conséquence de la tuerie à la mosquée de Québec qui a permis à plusieurs citoyens de découvrir la réalité de la communauté musulmane? Est-ce le fruit des discours rassembleurs prononcés par les politiciens de divers partis et les leaders religieux de diverses confessions à la suite de ce tragique 29 janvier? 
Se peut-il aussi qu'une décennie de débats sur les accommodements religieux raisonnables, le port de signes religieux, la laïcité et l'immigration ait eu un effet pédagogique et permis à certains de mieux séparer le vrai du faux, les dangers réels des craintes non fondées, de déceler et de se méfier de la récupération médiatique et politique? 
Lundi soir, au conseil municipal de Saint-Apollinaire, une dizaine de citoyens ont exprimé leur opposition au projet d'Harmonia d'aménager un cimetière musulman. «Pourquoi faire ça ici? Avez-vous réfléchi aux conséquences?» «On s'est fait passer le Royaume des Témoins de Jéhovah sans le savoir. Pourquoi ça aboutit ici, ce cimetière-là, encore? La prochaine fois, si les Hells cherchent un endroit pour bâtir un bunker, ça va être ici?» «C'est sûr que ça va venir avec une mosquée.» « Ils me font peur, les musulmans», a rapporté Le Journal de Québec
Le maire Bernard Ouellet et d'autres concitoyens n'ont pas joué le jeu des opposants, mais plutôt tenté de les rassurer, et de rassurer le reste du Québec. Les propos des opposants ne seraient pas représentatifs de l'avis de l'ensemble des 6000 citoyens de Saint-Apollinaire, assure le maire. Il explique la réaction négative par la peur. 
Une telle attitude change d'Hérouxville où le conseil municipal avait adopté en 2007 un code de conduite pour les immigrants qui décideraient de s'installer dans la municipalité. «Il n'y en a pas encore, mais regardez ce qui s'en vient», avait affirmé à La Presse le conseiller André Drouin qui redoutait que Québec envoie les immigrants hors des grands centres urbains.
Interrogés par la presse parlementaire sur l'opposition que soulève le cimetière musulman à Saint-Apollinaire, le député péquiste Sylvain Gaudreault et le député caquiste Simon Jolin-Barrette n'ont pas essayé de tirer profit de la polémique. Pourtant, par le passé, leurs formations politiques ont souvent exploité les peurs et la fibre identitaire des Québécois «de souche» au détriment des Québécois musulmans.
M. Gaudreault souhaite que la communauté musulmane puisse avoir un lieu de mémoire pour ses défunts. «C'est un cimetière, alors les gens n'ont rien à craindre.» Pour l'ancien ministre des Affaires municipales, il appartient à la municipalité de veiller à ce que le projet de cimetière musulman respecte les règlements municipaux comme n'importe quel autre cimetière.
Le député caquiste indique lui aussi que la responsabilité incombe aux élus municipaux. «[...] la loi fait en sorte que, si l'usage est légal, si l'usage est licite, ils doivent octroyer le permis». M. Jolin-Barrette fait également appel au dialogue.
La direction du Centre culturel islamique de Québec et Harmonia souhaitent justement tenir des rencontres pour répondre aux interrogations du public. Une bonne façon de  se connaître, de dissiper les craintes et d'apprendre à vivre ensemble sans toujours se méfier et entretenir la peur.