Si le recul du français au Québec et au Canada constaté par Statistique Canada dans le dernier recensement s'accentue aussi dans les milieux de travail au Québec, le gouvernement Couillard devra intervenir pour assurer la pérennité de la langue française.

Langue: du salon au travail

ÉDITORIAL / Il est vrai, comme le dit le ministre Luc Fortin, que «ce n'est pas la responsabilité du gouvernement de légiférer ou de s'immiscer dans la façon dont les gens s'expriment dans leur salon». Mais si le recul du français au Québec et au Canada constaté par Statistique Canada dans le dernier recensement s'accentue aussi dans les milieux de travail au Québec, le gouvernement Couillard devra intervenir pour assurer la pérennité de la langue française.
Les libéraux rejettent les remarques alarmistes de l'opposition et rappellent que les statistiques publiées mercredi portent sur la langue maternelle et la langue utilisée dans la sphère privée. «La responsabilité du gouvernement est l'utilisation du français dans la sphère publique», a indiqué le ministre de la Culture et des Communications, responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française. 
La partie risque d'être plus corsée pour les libéraux à l'automne lorsque Statistique Canada dévoilera sa lecture des données du recensement 2016 sur la langue de travail. 
Lors du recensement de 2006, le français avait été déclaré comme langue de travail par 94,3 % des travailleurs du Québec. En 2011, 93,9 % de la population disait utiliser le français.
«Comparativement à 2006, les travailleurs du Québec ont été proportionnellement un peu moins nombreux à déclarer utiliser le français le plus souvent au travail en 2011 et plus nombreux à déclarer y parler ces deux langues à égalité», notait Statistique Canada. 
Comment la situation a-t-elle évolué depuis 2011? L'anglais a-t-il gagné du terrain dans les milieux de travail au Québec?
Lorsque huit immigrants sur dix au Canada n'ont ni le français ni l'anglais comme langue maternelle et que les allophones sont pour la première fois plus nombreux que les francophones au pays, il ne faut pas s'étonner que les conversations autour de la table de la cuisine ou du salon ne se fassent pas dans la langue de Molière ou celle de Shakespeare. 
Le gouvernement québécois a cependant la responsabilité de s'assurer que le français soit la langue qui domine au travail. Dire cela ne signifie nullement qu'on prône un repli sur soi et qu'on nie l'importance et la richesse de maîtriser l'anglais et d'autres langues. Si les francophones acceptent constamment de faire passer le français en second, si un emploi au Québec peut s'obtenir sans la connaissance de la langue officielle, bien peu d'immigrants verront la nécessité d'apprendre le français.
Comme ailleurs au Canada, le Québec compte sur l'immigration pour assurer sa vitalité économique dans certains secteurs. La connaissance du français est ici essentielle et doit faire partie des compétences recherchées.
Philippe Couillard et son gouvernement sont souvent accusés de défendre mollement la place du français. Certains n'ont pas oublié que le chef libéral estimait en 2014 qu'il était important que les employés puissent s'exprimer en anglais sur les planchers d'usines. Premier ministre d'une province dont le français est la langue officielle, M. Couillard s'est aussi fait reprocher d'avoir prononcé un discours  uniquement en anglais en Islande. Une erreur qu'il n'a pas répétée.
Au cours des derniers mois, le gouvernement s'est voulu plus proactif en matière de francisation. Il a rappelé mercredi qu'il a procédé à des «investissements historiques de 170 millions $ en francisation en 2016-2017, auxquels s'ajoutent les 104,5 millions $ sur cinq ans prévus dans le dernier budget». 
Le temps dira si les moyens retenus sont appropriés et suffisants. Le poids démographique des francophones étant en baisse, il faudra éviter de tergiverser pendant des années pour faire les ajustements nécessaires.