La hausse de la maltraitance exige encore plus de vigilance.

L'affaire de la DPJ et de tous

ÉDITORIAL / Un enfant serait probablement toujours vivant aujourd'hui si le processus de signalement à la Direction de la protection de la jeunesse du Saguenay-Lac-Saint-Jean n'avait pas été une succession de mauvais jugements et de ratés.
De tels manquements de la part de professionnels et d'une organisation chargée de protéger les enfants vulnérables sont inacceptables. Il serait toutefois illusoire de penser qu'il suffit d'être plus prompt aux signalements et de combler les lacunes de toutes les DPJ du Québec pour améliorer le sort des jeunes. Il faut également agir collectivement en amont pour épargner à des petits une enfance de misère et de coups.
Les résultats de l'enquête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse sur le décès d'un bambin dont la situation avait été signalée à la DPJ du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont d'autant plus troublants que la maltraitance est en hausse au Québec. 
Une étude menée par l'Observatoire des tout-petits de la Fondation Lucie et André Chagnon révélait en mai que le nombre de signalements jugés fondés pour des enfants de 0 à 5 ans a augmenté de 27 % au Québec entre 2007-2008 et 2015-2016. Chaque jour, 20 nouveaux cas de maltraitance sont signalés. 
Ces chiffres sont tristes et effarants et le deviennent davantage lorsque des professionnels de la santé et les directions de la protection de la jeunesse échouent à accomplir correctement leur travail.
C'est la DPJ du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui se retrouve cette semaine sur la sellette pour une histoire tragique. Mais, ce n'est pas la seule à avoir des pratiques déficientes et inquiétantes.
Une DPJ de la Mauricie fait aussi l'objet d'une enquête systémique de la Commission des droits. Depuis 2013, des services déficients ont été signalés plusieurs fois sur ce territoire. Plus récemment, une juge soutenait que cette direction a toléré l'intolérable en laissant deux frères au sein d'une famille d'accueil toxique. 
En 2016-2017, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a eu à se pencher sur plus de dossiers où les droits d'enfants sous la protection de la jeunesse auraient été lésés. Le nombre de dossiers assignés aux enquêtes était de 209 en 2014-2015. Il a baissé l'année suivante pour s'établir à 269 en 2016-2017.
Parler de maltraitance des enfants oblige également à porter le regard au-delà des DPJ. On s'assurera notamment que le réseau de la santé et des services sociaux répond rapidement et adéquatement aux besoins des jeunes et de leur famille. Sur ce point, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse étudie d'ailleurs les effets de la réorganisation du ministre Barrette. 
Il faut toutefois pousser la réflexion plus loin. L'Observatoire des tout-petits rappelle dans son étude les facteurs de risque connus de la maltraitance: les conditions socio-économiques familiales, le stress associé au rôle parental et à la conciliation travail-famille, l'attitude des parents par rapport à la punition corporelle, la dépression, l'anxiété et les troubles de personnalité des parents, ainsi que leur consommation abusive d'alcool et de drogues.
Collectivement, il y a donc un environnement à créer pour limiter les cas de maltraitance et de négligence. Aide financière aux familles dans le besoin, accès à des logements et à des milieux de vie de qualité, accès à des services de garde de qualité, formation accrue des professionnels de la santé, des intervenants sociaux et du personnel éducateur pour conseiller les parents sur leur rôle, sont suggérés.
Le Québec exploite déjà plusieurs de ces voies. La hausse des cas de maltraitance doit l'inciter à faire plus et mieux.