L'ancienne protectrice du citoyen Raymonde Saint-Germain, nommée sénatrice indépendante en décembre, a renoncé à l'indemnité de départ de 210 976 $ qu'elle aurait pu encaisser en quittant son poste.

La protectrice des fonds publics

ÉDITORIAL / Protectrice du citoyen, puis protectrice des fonds publics. Raymonde Saint-Germain, nommée sénatrice indépendante en décembre, a renoncé à l'indemnité de départ de 210 976 $ qu'elle aurait pu encaisser en quittant son poste. Elle invite de plus le gouvernement du Québec à revoir cette disposition visant les hauts fonctionnaires de l'État. C'est une excellente idée.
Le Québec a rebrassé bien des pratiques et bien des programmes gouvernementaux au cours des dernières années afin d'assainir les finances publiques et éviter qu'elles ne soient toujours dans le rouge.
Même si le Québec a réussi à dégager une marge de manoeuvre, il n'est pas superflu d'examiner si la façon de rémunérer les hauts fonctionnaires et serviteurs de l'État est adéquate et juste.
On se demande souvent si le Québec a les moyens de faire ceci ou cela. On doit aussi se demander s'il possède les moyens de verser des indemnités de départ ou de transition de milliers de dollars à des gens qui se retrouvent à un poste tout aussi bien rémunéré ou avec une rente dorée le lendemain matin.  
Le Journal de Québec rapportait mercredi que l'ancienne protectrice du citoyen avait renoncé à son indemnité de départ et souhaitait un resserrement des règles pour tous les mandarins. Elle ne juge pas justifié de toucher une telle indemnité et remet en question l'automatisme du versement de celle-ci.
Un geste qui est tout à son honneur. Tous n'ont pas le même don du renoncement et la même retenue, même si leur paye est assumée par les contribuables.
On n'a qu'à se rappeler ses ministres ou députés qui ont démissionné parce que frustrés de ne pas avoir obtenu le ministère espéré ou parce qu'un emploi plus rémunérateur les attendait au privé. Le cas de l'ancien ministre de la Santé et médecin Yves Bolduc est sans doute le plus choquant des dernières années.
Qu'on pense aussi aux conditions de départ de l'ancien pdg d'Hydro-Québec Thierry Vandal, de l'ancien principal de l'Université Bishop's Michael Goldbloom, et aux bonis d'après-mandat accordés aux hauts dirigeants de l'Université Laval. Qu'on garde aussi en tête tous les hauts fonctionnaires identifiés à une couleur politique qui continuent de toucher des salaires imposants même si leur fonction ne le justifie plus.
Il y a lieu aussi en ce domaine de procéder à un examen, à un ménage. 
Certains répliqueront qu'il faut veiller à conserver la capacité de l'État de recruter les meilleurs éléments, les plus talentueux professionnels dans le secteur public, les sociétés d'État, le Protecteur du citoyen ou le Vérificateur général. Il faut que le secteur public soit aussi attractif que le secteur privé. 
Bien sûr, mais on constate également que le secteur privé a lui aussi été incité au cours des dernières années à revoir les façons de rémunérer les hauts dirigeants. Les actionnaires n'acceptent plus n'importe quoi au nom de la concurrence et sous le prétexte d'attirer les meilleurs.
Des assemblées d'actionnaires se permettent maintenant d'exprimer leur désaccord à une politique de rémunération qui alimente la surenchère salariale, mais qui n'est pas toujours liée à la performance des patrons et de l'entreprise. 
Si le privé se remet en question, raison de plus pour que le public le fasse aussi puisqu'il gère des fonds publics. Des fonds qui peuvent servir à l'éducation, à la santé, à la protection de l'environnement, à la voirie. 
Dans le cadre de ses fonctions, Raymonde Saint-Germain a vu les effets négatifs de quelques heures de soins infirmiers ou de services éducatifs enlevées ici et là pour réaliser des économies et permettre aux gestionnaires de présenter de «beaux chiffres». Des «peanuts», ce que Québec pourrait «sauver» en resserrant les conditions d'embauche de ses mandarins? Tout est relatif.