Entre 1998 et 2014, le Québec est passé du 15e au 44e rang mondial pour la représentation féminine à son assemblée législative.

La parité avant le 8 mars 2050

ÉDITORIAL / S'il a fallu une charte et des lois pour enrayer la discrimination fondée sur le sexe, pour établir l'égalité puis l'équité salariale et pour faire de la place aux femmes sur les conseils d'administration des sociétés d'État, le même coup de pouce législatif est requis pour atteindre la parité homme-femme à l'Assemblée nationale. Si on ne force pas la main des partis, si on ne change pas les façons de faire de la politique, on risque de constater et de déplorer encore le 8 mars 2050 que seulement 27 % des parlementaires à Québec sont des femmes.
Il faut cesser d'être mal à l'aise avec l'imposition de quotas ou de mesures incitatives si on veut en finir avec la sous-représentation des femmes à l'Assemblée nationale.
Si les parlementaires s'étaient abstenus d'intervenir en faveur des femmes dans le passé, les «jobs de femmes» serait encore en 2017 moins bien payés que les «jobs de gars», l'écart salarial entre les deux sexes serait bien au-delà de 2,93 $ l'heure, et même si elles ont la formation et l'expérience requises, les femmes seraient toujours rares, comme dans le secteur privé, à siéger aux conseils d'administration des sociétés d'État.
La philosophie du «Tu veux prendre ta place? Faire ton chemin? Let's go, vas-y!» défendue par Lise Thériault, ministre à la Condition féminine, a des limites lorsque vient le temps de franchir les obstacles systémiques ou de contourner le «boys club».
Le Québec a tardé à accorder le droit de vote aux femmes et il tarde aussi à agir pour assurer une représentation équitable des femmes en politique. Entre 1998 et 2014, la province est passée du 15e au 44e rang mondial pour la représentation féminine à son assemblée législative. Le recul s'explique notamment par les mesures contraignantes utilisées par une centaine de pays pour atteindre la parité. 
Sans plan d'action, les femmes demeureront minoritaires au Parlement et ce n'est pas faute de compétences pour briguer l'investiture d'un parti dans une circonscription et pour convaincre les électeurs de les élire.
En 2002-2003, le Directeur général des élections du Québec (DGE) recommandait dans son rapport de gestion de modifier la Loi électorale afin d'ajouter des incitatifs financiers pour favoriser une meilleure représentation des femmes. Il est revenu à la charge par la suite. 
«[...] l'adoption de mesures pour que plus de femmes se présentent en politique ne signifie en aucun cas de donner priorité au sexe sur la compétence. Ces mesures n'auront pas pour objet d'avantager les femmes : les mesures adoptées permettront plutôt d'effacer une iniquité historique et systémique qui empêche actuellement d'atteindre l'égalité entre les sexes», notait le bureau du DGE dans une étude publiée en 2014.
Constatant que les «bonnes intentions amènent peu d'améliorations», le Conseil du statut de la femme concluait pour sa part en 2015 que le Québec devait se doter de moyens concrets. Le Conseil réclame que la loi électorale oblige tous les partis politiques à présenter entre 40 et 60 % de candidates aux élections. 
Un regroupement d'anciennes députées et ministres, de différentes formations politiques, a aussi exigé lundi une loi pour garantir la parité à l'Assemblée nationale.
Les solutions pour corriger le déficit diffèrent, mais les parlementaires québécois, les femmes et les hommes, ne peuvent plus se comporter comme si la parité sera atteinte naturellement et sans effort. Il faut en débattre, évaluer les différentes options et prendre rapidement des actions concrètes.
Des élections se dérouleront à l'automne 2018. Espérons que tous les partis politiques ont déjà commencé à recruter et à convaincre plus de femmes d'être sur les rangs