Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois lors du congrès de QS en fin de semaine.

La confiance des solidaires

ÉDITORIAL / Québec solidaire (QS) a fait le choix de l'intransigeance, selon Jean-François Lisée, le chef du Parti québécois. C'est une interprétation. On peut dire aussi que les militants de QS font preuve d'un optimisme plus que débordant, d'irréalisme même, en pensant que le rejet des vieux partis, le ras-le-bol de l'establishment, le désir de changement qui s'exprime dans la population et l'impopularité du gouvernement libéral suffiront à faire gravir les marches du pouvoir à leur parti qui a récolté moins de 8 % des voix aux dernières élections.
Tout peut arriver en 2018? Pourquoi s'encombrer d'alliances et de pactes électoraux pour tenter de déloger le Parti libéral du Québec qui n'a été privé du pouvoir que pendant 18 mois depuis 2003? Les exemples récents où l'impossible s'est avéré possible existent.
Donald Trump est ainsi devenu président des États-Unis même si plusieurs estimaient impensable l'élection d'un tel homme. Toujours aux États-Unis, le démocrate Bernie Sanders a su rallier bon nombre de jeunes et de moins jeunes avec son discours de gauche. En France, Emmanuel Macron vient de démontrer qu'un avenir est possible en dehors des cadres traditionnels. Manon Massé voit aussi une source d'inspiration au Canada où le Nouveau Parti démocratique, longtemps dans l'opposition, a réussi à former le gouvernement en Alberta.
Québec solidaire peut-il créer le même effet «surprise» avec le large mouvement politique et populaire qu'il souhaite animer à 16 mois du prochain scrutin en tendant la main à Option nationale et aux groupes sociaux? 
Il est vrai que l'électorat est d'humeur changeante. Mais, il faudrait de grands bouleversements et des talents de persuasion extraordinaires de la part des porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé pour que les électeurs québécois se rangent massivement derrière QS en 2018.
Rappelons les résultats du scrutin de 2014 : Parti libéral du Québec (41,5 %), Parti québécois (25,3 %), Coalition avenir Québec (23 %), Québec solidaire (7,63 %) et Option nationale (0,73 %).
Examinons maintenant les résultats du dernier sondage Léger réalisé pour Le Devoir et Le Journal de Montréal. Le Parti libéral récolte 32 % des intentions de vote, la Coalition avenir Québec 26 %, le Parti québécois 23 % et Québec solidaire, 13 %. Un rapprochement entre QS et Option nationale donnerait 18 % des voix. 
Le sondeur Jean-Marc Léger expliquait samedi au Devoir que les électeurs insatisfaits des libéraux cherchent une solution de remplacement en cette période préélectorale et qu'ils la trouvent à la Coalition avenir Québec. Son chef, François Legault, gagne aussi en popularité. 
Bien sûr, tout ça peut bouger encore considérablement d'ici octobre 2018. Force est toutefois de constater que la préférence des Québécois ne va pas pour le moment à des formations qui prônent la souveraineté du Québec et un grand virage à gauche. 
Est-ce qu'un rapprochement entre le PQ et QS aurait changé la donne et aurait pu modifier les intentions de vote des électeurs? On ne le saura jamais. 
QS a refusé «de mettre le bien commun au-dessus de son intérêt partisan», accuse Jean-François Lisée. Un reproche que l'on pourrait faire aussi au PQ, notamment sur les questions identitaires. On n'en sort pas et les adversaires politiques auraient vite fait de le noter.
On peut craindre de plus que la montée de la CAQ pousse le chef péquiste à exploiter à nouveau les craintes liées aux religions et à l'immigration, comme il l'avait fait durant la course à la direction de son parti.
Les Québécois savent à quoi s'en tenir avec Québec solidaire. C'est moins clair avec le PQ.