«Si le gouvernement a cru que l'abandon de l'exploration pétrolière et gazière sur l'île d'Anticosti immuniserait sa règlementation touchant les hydrocarbures contre les critiques, c'est raté.»

Hydrocarbures: un projet inachevé

ÉDITORIAL / Le gouvernement Couillard manque une fois de plus de sensibilité et de flair. Aussitôt dévoilé, son «cadre strict» sur les hydrocarbures a été fortement décrié par des maires, des groupes environnementaux, des syndicats et l'opposition, qui craignent pour les sources d'eau potable et de voir des activités de forage près des maisons, des écoles ou dans les cours d'eau près de chez eux. À un an des élections, l'exercice est périlleux, même si le ministre David Heurtel souligne qu'il n'y a pas une «épidémie de projets».
Sentant bien que son gouvernement risque de se retrouver dans la tourmente, le ministre s'est empressé de se dire ouvert à des modifications aux projets de règlementation. «Il reste du travail à faire, sur ce règlement-là. Attendons le produit final avant de parler d'apocalypse pétrolière au Québec», a déclaré le ministre de l'Environnement et du Développement durable.
Il est tout de même étonnant et désolant que le gouvernement ne se soit pas assuré que sa proposition de plus de 250 pages atterrisse avec moins de fracas. Le sujet est sensible, et à l'approche d'un rendez-vous électoral, la consultation risque d'être ultra partisane.
Les données et les arguments scientifiques risquent de se perdre dans diverses considérations. Une situation qui ne sert ni les intérêts des citoyens ni ceux de l'industrie. 
Si le gouvernement a cru que l'abandon de l'exploration pétrolière et gazière sur l'île d'Anticosti immuniserait sa règlementation touchant les hydrocarbures contre les critiques, c'est raté. 
Anticosti, c'est un territoire où bon nombre de Québécois ne mettront jamais les pieds. Tant mieux si ce trésor est préservé des activités d'exploration et d'exploitation des entreprises pétrolières et gazières. Mais la population souhaite également, et avant tout que le gouvernement veille à ce qui se passe près de chez elle, dans sa cour. Elle veut qu'il prenne toutes les précautions et les dispositions pour assurer sa santé, sa sécurité et une cohabitation harmonieuse des différents acteurs sur un territoire donné.
Or, tout comme au temps du gouvernement Charest et de son engouement pour les gaz de schiste, le gouvernement Couillard suscite aussi la méfiance lorsqu'il s'agit d'exploration ou d'exploitation pétrolière et du respect de l'environnement. 
Ses hésitations et ses revirements ont miné sa crédibilité, notamment dans le dossier de TransCanada et d'Énergie Est où la Cour supérieure a relevé des failles dans le processus décisionnel du ministère de l'Environnement. Les accointances entre le Parti libéral et l'industrie pétrolière et gazière entretiennent aussi le scepticisme. 
Les quatre projets de règlement de mise en oeuvre de la Loi sur les hydrocarbures donnent encore l'impression que les libéraux ignorent les inquiétudes des citoyens et font la vie belle aux entreprises puisque sur certains points, Québec exige moins que ce qu'il avait prévu l'an dernier dans un projet de règlement.  
Même si Québec réclame de meilleures garanties aux compagnies en cas de déversement et même si le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, soutient que le cadre règlementaire sera le plus strict en Amérique du Nord, la consultation s'annonce houleuse et certains n'hésiteront pas à nourrir inutilement des inquiétudes.
Répéter, comme le fait le ministre Heurtel, que les projets d'exploitation seront soumis au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) n'apaisera pas toutes les craintes et c'est notamment la faute de son gouvernement. En faisant l'économie d'un débat sur la procédure de nomination des membres du BAPE, l'acceptabilité sociale de certains projets risque d'être encore plus difficile à obtenir.