Le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale, a reçu lundi deux rapports qui soulèvent une fois de plus les difficultés de la GRC à mettre fin à la culture d'intimidation et de harcèlement au travail qui règne dans ses rangs, et ce, malgré les 15 examens effectués et plus de 200 recommandations formulées depuis 10 ans. 

GRC: la patience a des limites

ÉDITORIAL / Lorsque les abus de pouvoir dans un corps policier sont tels qu'ils nuisent à l'intégrité des enquêtes, à l'efficience des opérations et à l'efficacité de toute l'organisation, ce n'est plus un simple «problème interne» dans un milieu de travail. La situation est sérieuse à la Gendarmerie royale du Canada (GRC). On ne peut attendre indéfiniment un changement de culture. La patience a des limites et le gouvernement Trudeau doit donner un coup de barre.
Le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale, a reçu lundi deux rapports qui soulèvent une fois de plus les difficultés de la GRC à mettre fin à la culture d'intimidation et de harcèlement au travail qui règne dans ses rangs, et ce, malgré les 15 examens effectués et plus de 200 recommandations formulées depuis 10 ans. 
«Le harcèlement demeure un problème grave et constant au sein de la GRC. Malgré ses efforts, la GRC n'a pas réussi à apporter les changements nécessaires de manière concrète ou systématique», constate le président de la Commission civile d'examen et de traitement des plaintes relatives à la GRC.
L'ex-vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, n'est guère plus positive après son examen de quatre cas de contentieux des affaires civiles contre la police fédérale. Elle parle d'une organisation très insulaire, très fermée, où la perception voulant que les enquêtes ne soient pas toujours objectives persiste. 
Leurs recommandations vont dans la même direction : une nouvelle structure organisationnelle, une nouvelle gouvernance, le recours à des civils bien formés, plutôt qu'à des agents en uniforme, à la direction des ressources humaines et des relations de travail.
Le ministre Goodale a pris soin de souligner que «la plupart» des membres de la GRC exercent leurs fonctions de façon professionnelle et exemplaire. Mais, ajoute-t-il, «la plupart, ce n'est pas assez». «Nous pouvons et nous devons faire mieux». Il ne ferme pas la porte à l'idée de confier certaines tâches à du personnel civil, mais affirme qu'une «réflexion très prudente s'impose avant d'apporter un changement majeur dans la façon dont s'opère l'organisation depuis plus de 100 ans».
Est-ce dire que d'autres rapports s'ajouteront aux 15 autres de la dernière décennie et répèteront dans quatre ans que la GRC ne met pas encore tout en oeuvre pour rompre avec une culture malsaine et contre-productive? 
Sous le gouvernement conservateur, le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, avait indiqué en 2007 que la GRC avait besoin d'un nouveau commissaire, de revoir et de moderniser sa structure de gestion. Il avait aussi avancé que celle-ci pourrait être supervisée par un groupe civil. Lorsqu'il est entré en fonction en 2011, le commissaire Robert Paulson, qui quittera son poste cet été, avait promis qu'il ne ménagerait aucun effort pour rétablir l'image de marque de la GRC et qu'il s'attaquerait au problème du harcèlement.
À la lumière des rapports déposés lundi, on constate qu'on est encore loin de la révolution promise. Le commissaire Paulson a déclaré lundi qu'il ne voyait pas la nécessité de procéder à des transformations majeures et d'intégrer plus de civils aux échelons supérieurs de la GRC. Il invite à la patience, estime qu'il y a des progrès et dit qu'il faut une génération pour changer la culture d'une organisation comme la sienne.
On comprend bien avec ce commentaire pourquoi la commission d'examen a conclu que «la GRC n'a ni la volonté ni la capacité d'apporter les changements nécessaires pour s'attaquer à sa culture dysfonctionnelle». D'où la nécessité que le ministre prenne les devants comme elle lui recommande.