Le nouveau président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, et sa petite-fille Jeanne, âgée de huit mois

Gouvernement «Duracell»

ÉDITORIAL / Le chef d'un gouvernement qui a «littéralement sauvé le Québec» pouvait difficilement procéder à un vaste remaniement ministériel. Cela aurait été pour Philippe Couillard d'admettre des faiblesses, des faux pas de sa part ou des membres de son équipe. La présence de Pierre Moreau lui sera toutefois utile le jour où ses «batteries chargées à bloc» s'affaibliront ou qu'il cherchera la bonne façon de réagir à une attaque de l'opposition.
Les choses changent vite en politique. La morosité de la fin de session parlementaire en décembre, le mécontentement à l'égard de certaines décisions ou ministres (qu'on pense à Stéphanie Vallée à la Justice), ainsi que les relents du règne Charest pouvaient laisser croire que le premier ministre corrigerait le tir en ce début d'année et modifierait la composition de son Conseil des ministres.
Or, ni l'élection de Trump aux États-Unis et les inquiétudes économiques qu'elle suscite, ni les critiques sur «l'austérité» de ses deux premières années de mandat, ni les défis à relever d'ici les élections de 2018 n'incitent pour le moment Philippe Couillard à redistribuer les rôles. Le coloré Bernard «Rambo» Gauthier dirait sans doute que «le bon cul est sur le bon siège». 
Pour combien de temps? Le premier ministre parle déjà de son désir de rajeunir le Conseil des ministres. Habile façon d'inciter son monde (députés et ministres, jeunes et vieux, ruraux et urbains) à bien travailler et de faire miroiter un possible renouveau dans la population. Le chef libéral se garde des cartouches. Et pour cause. Si en décembre un sondage CROP-La Presse révélait que son parti restait bien en selle, un autre mené par Léger pour Le Devoir plaçait plutôt libéraux et péquistes au coude à coude.
M. Couillard dresse évidemment un bilan fort positif de sa gouverne. Il répète que l'économie va bien, que le Québec a créé des emplois de qualité et que les finances publiques sont sous contrôle. Il appartiendra d'ailleurs à M. Moreau de veiller à ce qu'elles le demeurent. La marge de manoeuvre budgétaire dégagée après deux années de rigueur risque en effet de devenir fort élastique avec l'approche des élections. 
Les vacances ont manifestement dynamisé M. Couillard, mais les dossiers chauds risquent vite de le rattraper. La difficile négociation entre Québec et les juristes de l'État en est un, mais c'est loin d'être le seul. Il y a aussi celle des ingénieurs et des médecins. 
Dans le secteur de la santé, les sources de tiraillements demeurent nombreuses. Québec n'a pas encore réussi à convaincre Ottawa de lui donner davantage pour financer les soins de santé. Ce qui n'empêche pas le gouvernement Couillard de sacrifier 759 millions $ dans son futur budget pour éliminer plus rapidement la taxe santé. 
L'abolition des frais accessoires dès le 26 janvier est par ailleurs une bonne nouvelle pour les Québécois; malheureusement, et ce n'est pas un détail, le ministre Gaétan Barrette n'a pas attaché toutes les ficelles avant de procéder à l'annonce. Les médecins spécialistes sont en rogne, mais d'autres professionnels (pharmaciens, dentistes, optométristes) formulent aussi des reproches au ministre qui n'aurait pas tenu compte des impacts de sa décision et des possibles interruptions de services. 
On peut s'attendre aussi à des débats houleux en éducation lorsque le ministre Sébastien Proulx précisera ce qu'il retient de la vaste consultation menée sur la réussite éducative. Déjà, trois organisations syndicales contestent sa décision d'imposer dès la rentrée un cours d'éducation financière, en amputant le cours Monde contemporain. 
M. Couillard doit espérer que les batteries de ses ministres et de leur personnel politique sont aussi bien rechargées.