Depuis 1997, le tarif quotidien exigé aux parents pour les frais de garde est passé de 5 à 7 $, puis il a été modulé (7,75 à 21,20 $) en 2015. Ceux qui optent pour une garderie privée non subventionnée ont droit à un crédit d'impôt. 

Garderies: la qualité avant la gratuité

ÉDITORIAL / Ce qui presse au Québec, ce n'est pas de fournir des services de garde éducatifs gratuits aux enfants de 0 à 4 ans, mais bien d'accroître enfin la qualité de ces services, de les rendre accessibles aux bambins les plus vulnérables et d'améliorer les arrimages entre les garderies, le réseau de la santé et celui de l'éducation. Et ce, pour que les tout-petits qui éprouvent des difficultés d'apprentissage ou qui vivent dans la pauvreté entrent à l'école mieux outillés.
À quoi servirait d'introduire la gratuité alors que certains services ne sont pas régis par le ministère de la Famille même si des crédits d'impôt sont accordés aux parents, que la cote moyenne obtenue par les différents types de services de garde est «passable même après 20 ans d'existence», et que l'évaluation de la qualité des services est trop peu fréquente?
Consacrer plus de fonds publics pour rendre gratuits des services certes fort appréciés des parents, mais dont les faiblesses ont été plus d'une fois identifiées ne serait pas un gage de réussite éducative accrue pour les petits Québécois. Ne brûlons pas les étapes. 
Québec a déjà indiqué que l'État n'assumerait pas en totalité la facture des frais de garde. Les parents assument environ 18,5 % de la note. Depuis 1997, le tarif quotidien exigé aux parents est passé de 5 à 7 $, puis il a été modulé (7,75 à 21,20 $) en 2015. Ceux qui optent pour une garderie privée non subventionnée ont droit à un crédit d'impôt. Le nombre de places développées dans ce type de garderies est passé de 1620 à 55 256 entre 2003 et 2016, et ce, même si la qualité est moindre qu'en CPE. 
Le dossier n'est donc pas clos. Le rejet de la recommandation touchant la gratuité n'enlève pas la pertinence des autres recommandations formulées par la Commission sur l'éducation à la petite enfance, présidée par André Lebon et initiée par l'Association québécoise des centres de la petite enfance. Bien au contraire. 
Si le gouvernement Couillard est sérieux lorsqu'il dit vouloir faire de l'éducation une priorité et donner une égalité des chances à tous les jeunes, il doit forcément bonifier les services de garde à la petite enfance pour en faire de véritables services éducatifs, comme le préconise la Commission. Celle-ci lui fournit de bonnes pistes pour que les services de garde soutenus par l'État ne soient pas qu'un moyen de concilier travail et famille, mais bien qu'ils soient des lieux où assurer le meilleur développement social et éducatif des enfants. 
Imposer que tous les services de garde soutenus par l'État - par des subventions ou des crédits d'impôt - deviennent des services éducatifs, exiger partout une formation accrue du personnel (82 % du personnel des CPE est qualifié, comparativement à 72 % pour les garderies privées subventionnées et à 44 % pour les non subventionnées), prévoir de la formation continue, procéder à une évaluation plus fréquente des différents types de services et corriger les failles rapidement sont des voies à suivre pour le ministre de la Famille et ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx. Ce dernier doit aussi s'assurer que les enfants de 4 ans aient accès à des services de garde ou à la maternelle. 
Tout ça nécessitera bien sûr des investissements de Québec, mais l'ensemble de la société y gagnera à court et à long terme si l'école traîne moins d'enfants en difficulté et produit moins de décrocheurs, moins d'analphabètes et plus de personnes mieux formées à l'emploi et à la vie. Chaque dollar investi en petite enfance permet d'économiser de 2,50 $ à 3 $, selon l'économiste Philip Merrigan. 
Lorsque la qualité sera au rendez-vous, on pourra se demander si les services de garde éducatifs peuvent être gratuits.