Le système d'éducation du Québec est à trois vitesses : des écoles privées subventionnées, des écoles publiques qui sélectionnent leurs élèves pour des programmes particuliers, et d'autres qui doivent accueillir tous les autres enfants dans les classes ordinaires où se retrouvent en grand nombre ceux qui éprouvent des difficultés de comportement ou d'apprentissage.

Facture et fracture en éducation

ÉDITORIAL / Gratuité scolaire et coût du matériel pour la rentrée des classes sont des thèmes récurrents en cette période de l'année. Mais au-delà du débat et de l'action judiciaire sur la facture des photocopies, des calculatrices, des dictionnaires et des iPad, il y aurait lieu aussi de mener une réflexion sur le coût des programmes particuliers (sports, langues, arts, éducation internationale, nouvelles technologies), inaccessibles à des milliers d'élèves de l'école publique parce que leurs parents sont incapables de payer les centaines, voire les milliers de dollars exigés.
«L'existence de services éducatifs qui seraient de meilleure qualité, mais non accessibles à tous, pose d'emblée un problème de justice», notait l'an dernier le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) dans son rapport sur l'état et les besoins de l'éducation, «Remettre le cap sur l'équité». 
Le Conseil dresse le constat que le système d'éducation du Québec est le plus inégalitaire au Canada avec son système à trois vitesses : des écoles privées subventionnées, des écoles publiques qui sélectionnent leurs élèves pour des programmes particuliers, et d'autres qui doivent accueillir tous les autres enfants dans les classes ordinaires où se retrouvent en grand nombre ceux qui éprouvent des difficultés de comportement ou d'apprentissage.
Dans son discours officiel, le Québec prétend bien sûr viser l'équité et poursuivre les idéaux d'égalité de la Révolution tranquille. En juin dernier, lors de la présentation de la politique de réussite éducative, le premier ministre Philippe Couillard affirmait que cette politique était rassembleuse. «Elle vise la réussite de tous les élèves sans exception, quel que soit leur âge ou leur statut. Car une éducation qui donne à tous les mêmes chances de réussir est un puissant levier d'équité sociale».
Dans la politique, on passe cependant sous silence les inégalités soulevées par le CSE. Et ce, même si la concentration des élèves en difficulté ou défavorisés dans les classes ordinaires risque de nuire à la performance de l'ensemble du réseau scolaire.
Dans le document préparé pour guider la consultation sur la réussite éducative, le ministère de l'Éducation signalait pourtant lui aussi qu'une «forte spécialisation de l'offre de services, par la multiplication des projets particuliers ou d'«écoles à la carte», peut comporter des risques de dérive à l'endroit des principes d'universalité, d'équité et d'accessibilité sur lesquels notre système scolaire est fondé». 
Le CSE n'est pas seul à souhaiter des changements. La Fédération des comités de parents du Québec le réclame également. Elle juge positivement que le réseau public ait développé depuis 20 ans des programmes particuliers pour que l'école soit moins drabe, plus stimulante pour les jeunes, et aussi attirante que l'école privée. 
La fédération voudrait cependant que ces programmes soient à la portée de tous et non seulement pour les plus fortunés et les «bons» élèves, comme c'est très souvent le cas. Elle est d'avis que l'accès à la musique, à un sport, à une autre langue permettrait d'exploiter le plein potentiel de chaque enfant. Elle préconise donc que l'intérêt de l'enfant soit pris en compte et non uniquement sa performance scolaire. 
Le Conseil recommande aussi d'admettre les élèves dans les programmes particuliers sur la base de l'évaluation de leurs besoins et de leurs intérêts, et non sur la base des notes, du comportement ou de la capacité de payer des parents. 
Une telle façon de procéder nécessiterait des chambardements, des ressources. C'est le prix à payer pour que l'école soit réellement un ascenseur social pour tous.