Les étudiants qui effectuent des stages dans les entreprises privées, les écoles ou les hôpitaux devraient-ils être payés?

Études, stages et bénévolat

ÉDITORIAL / Les stages qu'effectuent les étudiants dans les entreprises privées, les écoles, les hôpitaux, les ministères ou les organismes publics doivent-ils oui ou non être rémunérés? Cette question risque d'animer bien des débats puisque, comme le dit la ministre Hélène David, la définition d'un stage est quelque chose d'encore flou au Québec. Les pressions des associations étudiantes et de l'opposition, ainsi qu'une décision récente du Tribunal administratif du travail qui inclut les étudiants et les stagiaires dans le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, forcent toutefois Québec à dissiper ce flou.
La Fédération étudiante collégiale du Québec fait des stages rémunérés son cheval de bataille pour la prochaine année. Une pétition de 7062 signatures vient aussi d'être déposée à l'Assemblée nationale pour réclamer une compensation financière pour les futurs enseignants en stage de prise en charge d'une classe. «Toute prestation de travail devrait mériter compensation», clament les signataires.
Après les droits de scolarité, ce dossier pourrait bien devenir un enjeu pour les partis politiques en quête du vote des jeunes en 2018.
«C'est un débat de société intéressant», a affirmé la ministre de l'Enseignement supérieur qui répondait au député caquiste qui lui demandait de créer une bourse spéciale pour les étudiants en enseignement. «On va avoir des discussions intéressantes parce qu'il y a sciences de l'éducation, oui, et il y a bien, bien d'autres domaines». En effet. Bien des domaines et bien des formes. Stage, internat ou résidence? 
Si tous les partis d'opposition se rangent derrière les étudiants en sciences de l'éducation, la question de la rémunération concerne d'autres disciplines et les stages se déclinent sous différentes formes. Certains stages sont obligatoires à l'obtention du diplôme dans certains programmes alors qu'ils sont facultatifs dans d'autres. À l'Université de Sherbrooke, par exemple, les stages coopératifs dans 47 programmes doivent être rémunérés et supervisés. À l'Université Laval, certains stages sont obligatoirement rémunérés, d'autres non. La députée Manon Massé note pour sa part que les stages non rémunérés se retrouvent dans les emplois majoritairement féminins.
Dans le rapport qu'il avait produit pour éclairer Québec dans le dossier des étudiants en psychologie, Luc Granger signalait que considérer un étudiant comme un employé rend sa syndicalisation possible. Il craignait aussi que les besoins de l'employeur passent avant les besoins de formation. M. Granger a donc recommandé de verser une bourse aux doctorants en psychologie plutôt qu'une paye. Ce qu'a fait la ministre. 
Celle-ci a d'ailleurs rappelé aux étudiants qui estiment qu'ils ne peuvent à la fois avoir un emploi, faire un stage et étudier que le Québec a un très bon système de prêts et bourses. 
Ce programme peut-il et doit-il répondre seul aux revendications des jeunes? Des entreprises privées acceptent de payer les stagiaires (un crédit d'impôt remboursable existe à cet effet) et elles y voient une façon de recruter leur personnel. 
Le gouvernement aussi est un employeur. Il faudra expliquer pourquoi le stagiaire reçu dans un ministère est rémunéré et non celui dont le milieu de formation pratique est l'école ou l'hôpital. Si les futurs profs ou les futurs infirmiers doivent être payés, il faudra prévoir des budgets supplémentaires pour les commissions scolaires et les établissements de santé.
Le dossier est plus complexe qu'il en a l'air. Souhaitons que les partis politiques mesureront tous les impacts au lieu de calculer ce qu'un appui aux associations étudiantes leur rapportera le jour du scrutin.