Les Canadiens veulent des services accessibles et de qualité. Le personnel souhaite aussi une vision claire de ce que doit être une organisation efficace des soins en 2016 et d'ici 10 ans, et des moyens pour accomplir leur travail.

Et les patients dans tout ça?

ÉDITORIAL / Si Ottawa a tant à coeur la santé des Canadiens, il doit reprendre les discussions avec les provinces et les territoires sur les transferts en santé. L'approche unilatérale du gouvernement Trudeau ne fera que des perdants. Des malades et leurs proches écoperont et blâmeront leurs élus provinciaux. Mais le fédéralisme et l'image de renouveau des libéraux fédéraux risquent aussi d'en souffrir.
En septembre, Justin Trudeau déclarait en conférence de presse que les Canadiens sont fatigués des gouvernements qui se montrent du doigt et qui s'accusent l'un l'autre de diverses défaillances en santé.
Justement, M. Trudeau, les Canadiens sont las de cela, de ces parties de ping-pong que se livrent les élus fédéraux et provinciaux avec leurs impôts et leurs taxes. Ils veulent des services accessibles et de qualité. Le personnel souhaite aussi une vision claire de ce que doit être une organisation efficace des soins en 2016 et d'ici 10 ans, et des moyens pour accomplir leur travail.
Personne ne veut d'une autre chicane de compétences ou d'une guerre de visibilité entre le fédéral et les provinces. 
Malheureusement, c'est exactement ce que le gouvernement libéral est en train de faire. Comme l'avaient fait précédemment les conservateurs de Stephen Harper et les libéraux de Jean Chrétien. Ottawa impose ses règles.
Deux heures de négociations, ultimatum, impasse et le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, retourne rédiger son budget de 2017. Que les provinces se débrouillent avec l'application de la Loi canadienne sur la santé qu'elles peinent à respecter parce que le financement d'Ottawa est passé de 50 % à 21 %. Qu'importe que les besoins soient en hausse à cause du vieillissement de la population et que les coûts des médicaments et des technologies créent une pression sur les budgets.
Et les patients et les employés de la santé dans tout ça? Bien sûr, l'argent ne constitue pas le seul remède aux carences du système. Lorsqu'il comprimait les dépenses en santé, le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette, était aussi de cet avis. Un financement prévisible et stable est néanmoins nécessaire. Des réformes administratives, une meilleure organisation des soins de première ligne, la prévention, l'amélioration des soins à domicile peuvent par ailleurs permettre de réaliser des gains de productivité et des économies.
Ce sont toutefois les ministres de la Santé des provinces qui sont les mieux placés pour savoir ce qu'il faut sur leur territoire et non pas Ottawa. Bien sûr, on peut reprocher aux provinces de ne pas avoir toujours fait les bons choix. Au Québec, le gouvernement s'est notamment montré fort généreux avec les médecins.
Que les soins à domicile et que la santé mentale soient depuis trop longtemps négligés par rapport aux hôpitaux et à la santé physique n'est cependant pas une trouvaille des libéraux de Justin Trudeau. Plusieurs réclament depuis des années des investissements dans ces secteurs dans les provinces. 
Ottawa a profité de l'échéance de l'entente sur les transferts en santé pour mettre de la pression sur les provinces afin qu'elles inscrivent ces domaines dans leur liste de priorités. Un empiétement agaçant de la part d'un gouvernement qui prônait un fédéralisme de coopération. Un paternalisme dépassé, mais aussi, une façon pour Ottawa de se désengager tout en en faisant porter le poids et l'odieux aux provinces.
Lundi, les ministres provinciaux de la Santé étaient solidaires. Mais pour combien de temps? Obligés de composer avec un taux de croissance des transferts de 3 % plutôt que de 6 % si Ottawa demeure intraitable, certains seront tentés de faire des concessions. C'est du déjà-vu.