Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx

Éducation: les vrais enjeux

ÉDITORIAL / Le gouvernement Couillard a eu tant de mal à regagner la confiance du milieu de l'éducation et à véhiculer le message que l'éducation est pour lui une priorité, que les propositions «audacieuses» débattues en fin de semaine par les jeunes libéraux risquent de ne pas faire long feu. Les élèves et le réseau scolaire ne s'en porteront pas plus mal.
Il serait fort étonnant que le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx, qui a réussi à mobiliser les acteurs du réseau après le passage d'Yves Bolduc et de François Blais, à redonner de l'espoir après des années de compressions budgétaires et une réforme de la gouvernance mal ficelée, s'engage dans une révision complète du cursus au secondaire et la création d'un ordre professionnel pour les enseignants. 
Manque d'audace et de vision? Crainte de se mettre à dos les syndicats? Souci de ne pas susciter de controverses à l'approche des élections de 2018?
Ces considérations peuvent entrer dans les calculs du gouvernement. Mais surtout, les deux propositions de la Commission jeunesse du Parti libéral du Québec dont les médias ont fait écho cette semaine ne sont pas celles qu'il presse de mettre de l'avant pour «développer la réussite par l'éducation» et valoriser la profession enseignante. 
Avant la tournée «thématique et militante» de la Commission cet été, le ministre Proulx a mené une vaste consultation (400 mémoires et commentaires en ligne de 14 000 personnes) pour aboutir à la politique de la réussite éducative qu'il a présentée en juin. 
Le ministre a lancé assez d'orientations, d'axes d'intervention et de chantiers - dont certains rejoignent d'ailleurs les idées des jeunes libéraux - sans ouvrir inutilement d'autres fronts.
Hausser de 74 à 85 % le taux de diplomation d'ici 2030, réviser le modèle de financement des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage et intervenir pour que ces élèves obtiennent de meilleurs services, moderniser l'évaluation des apprentissages, agir plus tôt et mieux auprès des élèves du préscolaire et de la première année ainsi qu'avec leurs parents, sont quelques-uns des objectifs de la politique de réussite éducative qui occuperont amplement le milieu scolaire. Faut-il vraiment en ajouter et disperser les énergies?
La Commission jeunesse veut «arrimer le programme éducatif aux besoins du XXIe siècle». Elle souhaite voir implanter des cours de vie citoyenne et politique, de droit, de programmation numérique, de nutrition et d'éducation sexuelle, tout en maintenant l'importance des matières de base, celles que la dernière réforme en éducation devait justement prioriser. 
Les jeunes libéraux proposent ce vaste programme sans parler d'ajouter des heures de classe. À moins d'intégrer le contenu de certains cours à d'autres, on voit mal comment tout pourrait entrer dans la grille-horaire. 
La Commission jeunesse fonde par ailleurs beaucoup d'espoir, trop,  dans la création d'un ordre professionnel des enseignants pour valoriser la profession.
Comme d'autres ministres avant lui, Sébastien Proulx dit vouloir valoriser la profession et accroître l'autonomie professionnelle des enseignants et il mettra en place un chantier à cette fin. Il n'a toutefois pas retenu la création d'un ordre dans sa politique de réussite éducative. 
Les jeunes libéraux proposent aussi de resserrer les critères d'admission au programme de baccalauréat en enseignement, de rémunérer les futurs enseignants lors de leur stage 4, d'améliorer les conditions de travail des enseignants et de hausser leur rémunération. Des pistes à explorer lors du chantier du ministre Proulx. Des pistes qui pourraient susciter plus de consensus au lieu de diviser.