Manipuler les chiffres, changer les méthodes de calcul du décrochage, modifier les grilles de correction des épreuves, c'est malheureusement le moyen que certains n'hésitent pas à utiliser pour maquiller les reculs, le surplace, l'échec des réformes mises en place en éducation ou la carence des ressources.

Éducation: les adultes trichent

ÉDITORIAL / Les attentes étaient déjà grandes à l'égard de la politique de réussite éducative que doit présenter d'ici l'été le ministre de l'Éducation. Elles le deviennent davantage à la suite d'un sondage révélant que 20 % des enseignants auraient subi des pressions pour gonfler la note de leurs élèves et que près de 50 % auraient vu leur évaluation modifiée sans leur accord. Le Québec va-t-il enfin donner au personnel de ses écoles et aux élèves les moyens de rehausser la réussite? Sinon, il y a risque de voir encore des notes et des taux d'échec trafiqués.
Après avoir d'abord catégoriquement nié que les notes des écoliers puissent être artificiellement haussées, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, s'est finalement dit préoccupé par ces allégations de maquillage. Des rencontres sont prévues avec les associations d'enseignants, de directeurs d'école et de commissions scolaires pour faire le point. «La modification des résultats, ce n'est pas un moyen pour réussir», a-t-il affirmé. M. Proulx ne veut pas d'une «réussite de statistiques». Il se dit prêt à émettre des directives pour éviter que certains prennent des raccourcis. 
Bien dit, mais il faudra voir si les propos du ministre seront conséquents avec le contenu de sa politique de réussite éducative.
Manipuler les chiffres, changer les méthodes de calcul du décrochage, modifier les grilles de correction des épreuves, c'est malheureusement le moyen que certains (ministres, fonctionnaires, dirigeants d'école ou de commissions scolaires) n'hésitent pas à utiliser pour maquiller les reculs, le surplace, l'échec des réformes mises en place en éducation ou la carence des ressources.
La tactique n'est pas nouvelle et n'est pas propre aux écoles primaires et secondaires ni au ministère de l'Éducation. On l'a vu récemment en santé. Certains établissements de santé ont été bien imaginatifs pour améliorer les statistiques sur les urgences. 
Collectivement, on se tire dans le pied avec de tels leurres. C'est certes plus simple pour embellir les statistiques, mais en éducation notamment, ça ne donne pas un portrait juste des gestes à poser pour améliorer le système scolaire et corriger ses lacunes.
Une cible atteinte en «trichant», ça ne donne pas des jeunes mieux outillés pour poursuivre des études professionnelles, collégiales ou universitaires. Une belle statistique, ça ne donne pas non plus des citoyens suffisamment préparés pour apprendre tout au long de leur vie. Avec le temps, on se retrouve plutôt avec un nombre effarant d'analphabètes fonctionnels. Tout ça souvent pour que les politiciens puissent se péter les bretelles durant leur court passage à la tête du ministère.
La future politique de réussite éducative va-t-elle marquer un tournant? Le ministre Proulx a lancé plusieurs pistes d'action en consultation, notamment de reconnaître l'autonomie des enseignants, de valoriser davantage la profession d'enseignant et de créer des ordres professionnels pour soutenir le développement et consolider l'expertise des différentes professions liées à l'enseignement et à la pédagogie.
Des pistes qui s'arriment bien mal avec des notes majorées sans l'accord des enseignants ou les pressions exercées sur eux pour embellir les taux de réussite afin de bien faire paraître leur école, leur commission scolaire ou le ministère. 
Le ministre Proulx se questionne aussi de façon plus large sur l'évaluation, sur le fait que les élèves soient davantage préparés à passer des examens plutôt qu'à apprendre. Il n'exclut pas de revoir les bulletins. S'il va ainsi de l'avant, M. Proulx devra faire preuve de grands talents de pédagogue.