Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, dévoilera la semaine prochaine sa politique de réussite éducative.

Éducation: le test du ministre

ÉDITORIAL / Il faut dépolitiser l'éducation, ne pas faire de la politique avec l'éducation. C'est Sébastien Proulx, le ministre de l'Éducation et de la Famille qui le dit. Espérons qu'il appliquera cette règle lorsqu'il dévoilera la semaine prochaine sa politique de réussite éducative. L'approche des élections ne doit pas transformer celle-ci en outil de racolage.
Si le Québec veut corriger les faiblesses de son système scolaire et préparer tous les jeunes aux défis personnels et professionnels des prochaines décennies, s'il veut intervenir efficacement dès la petite enfance, s'il ambitionne d'augmenter le taux de diplomation des élèves dans les temps prescrits et faire reculer le taux d'analphabétisme fonctionnel, si valoriser l'éducation et la profession d'enseignant est plus qu'un voeu pieux, les orientations du ministre doivent être basées sur les besoins des élèves et non sur des objectifs dans les urnes.
Une vision cohérente, des ressources humaines et financières pour atteindre les cibles fixées ainsi qu'une mobilisation de tous les acteurs (à et hors de l'école) sont essentielles pour améliorer notre système scolaire. 
Que la politique de réussite éducative s'étale jusqu'en 2030 laisse craindre que le ministre veille à ne pas heurter les susceptibilités. Le lancement de divers travaux lui permettra de gagner du temps, de ne fermer aucune porte et de repousser la prise de décisions. Une manoeuvre classique en politique. 
Par ailleurs, M. Proulx semble vouloir s'assurer que les directions que prendront dorénavant le ministère et le milieu de l'éducation s'appuient sur les résultats de la recherche, des données probantes et des expériences qui ont fait leur preuve sur le terrain.
Il faudra bien sûr voir quelle forme, quels moyens et quelle indépendance il donnera à un futur Institut national d'excellence en éducation avant de dire qu'il est derrière nous le temps où le réseau scolaire évoluait au gré des modes, des mois, des groupes de pression et des goûts des nombreux ministres qui se succèdent.
Il faudra également que la formation initiale et la formation continue des enseignants soient enrichies. Les travaux que le ministre compte mener avec les universités ne doivent pas s'éterniser.
La tâche a été facile jusqu'à maintenant pour M. Proulx.  Ses prédécesseurs Yves Bolduc et François Blais doivent l'envier de distribuer des millions de dollars alors qu'ils ont dû défendre l'indéfendable et justifier que des enfants soient privés de livres ou de soutien professionnel malgré leurs difficultés d'apprentissage.
Le gouvernement libéral a manifesté bien tardivement son intérêt pour l'éducation. Ce n'est qu'après deux ans au pouvoir que Philippe Couillard a dit vouloir être le premier ministre de l'éducation, le gouvernement de l'éducation. 
Les attentes sont aujourd'hui immenses. Des centaines de parents sont descendus dans la rue pour sauver l'école publique. Les parents et le personnel des écoles veulent plus que des formules creuses et des mesures tape-à-l'oeil au nom de la modernité. Ils veulent que l'argent soit mis à la bonne place et dépensé dans le bon ordre. 
Lorsque Le Soleil a demandé vendredi à Sébastien Proulx de s'autoévaluer, il s'est gardé de lancer une lettre ou un chiffre, préférant dire qu'il était «satisfait» du travail qu'il a accompli jusqu'à maintenant.
Plusieurs lui accorderont un A parce qu'il a mis de côté le stérile débat sur les structures, qu'il est présent sur le terrain et qu'il a consulté les Québécois sur ce que devrait contenir une politique de réussite éducative. Il a franchi avec succès la première étape. La suivante sera plus exigeante.