Attachés ou non au Canada, les Québécois souhaitent et méritent des relations plus respectueuses. Ce serait assez désolant que la menace d'un référendum soit la seule façon d'y parvenir.

Dialogue de sourds

ÉDITORIAL / Mais qui donc le premier ministre Philippe Couillard pense-t-il convaincre avec sa déclaration d'affirmation du Québec? Celle-ci a beau s'étaler sur près de 200 pages, elle ne fait pas oublier qu'il ne monte pas spontanément au front pour défendre les intérêts du Québec.
«Québécois, c'est notre façon d'être Canadiens». La formule est certes jolie. C'est sympathique, et aussi très peu compromettant, de vouloir «déclencher le printemps du dialogue» avec le reste du Canada afin d'échanger sur l'évolution de la fédération. 
«La reprise du dialogue doit nous permettre de mieux partager le sens de notre union et de notre avenir», écrit le premier ministre. Mais encore.
Il ne se donne aucun échéancier pour atteindre des objectifs précis. On parle pour parler, comme on dit communément. Pire, le Québec risque de parler dans le vide, car l'écoute ne s'annonce pas très grande au pays. 
La façon dont Justin Trudeau a répondu à l'initiative est à l'image de l'attitude et des actions du gouvernement fédéral et peut se résumer trop souvent en quelques mots : arrogance, intrusion et absence de coopération.
La volonté de reprendre le dialogue va changer cette attitude, la politique d'affirmation fera époque dans l'histoire du Québec, comme le prétend M. Couillard? Il faut être animé de beaucoup d'optimisme pour y croire. M. Couillard et son ministre Jean-Marc Fournier y croient-ils eux-mêmes? 
Le but de l'exercice semble davantage de pouvoir dire aux Québécois, qui seront appelés aux urnes l'an prochain, que le Parti libéral du Québec ne reste pas les bras croisés, qu'il se met en mouvement, qu'il enclenche une démarche dont une négociation constitutionnelle sera le but ultime. M. Couillard et son parti peuvent noircir une autre petite case dans la liste des choses qu'ils s'étaient engagés à faire.
En attendant que le fruit soit mûr pour ramener le Québec dans le giron constitutionnel, et cela risque de prendre beaucoup de temps étant donné l'indifférence généralisée, que propose M. Couillard pour répondre d'ici là aux actions d'Ottawa qui ne sont pas à l'avantage de sa province?
Depuis qu'il est en poste, c'est l'intervention de la société civile, de l'opposition (à Québec ou à Ottawa) qui a forcé son gouvernement à hausser le ton à l'égard d'Ottawa. On l'a vu encore cette semaine avec la Banque d'infrastructure du Canada dont certains projets pourraient échapper aux lois et aux règlements du Québec si des amendements ne sont pas apportés. En décembre, c'est une levée de boucliers dont le gouvernement Couillard n'était pas à l'origine qui a empêché que les banques échappent à la loi québécoise sur la protection du consommateur comme le prévoyait le gouvernement Trudeau.
M. Couillard a aussi tardé à s'affirmer dans le projet Énergie Est. Avant de poser sept conditions à l'entreprise albertaine TransCanada, il a d'abord dit aux Québécois qu'ils devaient participer à l'économie canadienne puisque le fédéral dépense 16 milliards $ de plus qu'il ne perçoit au Québec et qu'une grande partie de cette richesse provient des hydrocarbures de l'Ouest. 
Même le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a dû se trouver bien seul lorsqu'il devait convaincre Ottawa de hausser les transferts en santé. Le directeur parlementaire du budget a beau soutenir que le fédéral assure sa viabilité financière au détriment des provinces en limitant les transferts, le front commun des provinces s'est vite rompu et le high five victorieux de la ministre Jane Philpott, est mémorable. 
Attachés ou non au Canada, les Québécois souhaitent et méritent des relations plus respectueuses. Ce serait assez désolant que la menace d'un référendum soit la seule façon d'y parvenir.