Dans la région de Québec, l'expérience de la clinique SABSA, dirigée par une infirmière praticienne spécialisée, a révélé que seulement 5 % des cas exigeaient l'intervention d'un médecin.

Des «infirmières» de famille

ÉDITORIAL / Québec prend enfin les grands moyens pour que plus d'infirmières praticiennes spécialisées (IPS) soient formées dans nos universités et embauchées dans le réseau public de santé. Il est plus que temps. Promettre un médecin de famille pour tous c'est bien beau, mais faire appel à davantage de «super infirmières» est une façon encore trop peu utilisée ici pour assurer à moindre coût un meilleur accès aux soins.
Les libéraux avaient promis à la dernière campagne électorale que la population pourrait compter sur l'apport de 2000 IPS d'ici 2024-2025. On est loin du compte même si d'autres provinces et pays ont compris depuis longtemps qu'il vaut mieux recourir à l'expertise des infirmières plutôt que de s'en remettre aux médecins pour le moindre bobo. L'Ontario a déjà 3000 IPS sur le terrain. Le Québec, 428.
À quoi attribuer que Québec passe enfin à l'action, investisse les fonds nécessaires dans les universités et s'engage à fournir des stages et des postes pour susciter l'attrait de la profession?  
Est-ce simplement le désir de remplir une promesse électorale avant le rendez-vous de 2018?
Est-ce le fait que la récente entente Québec-Ottawa sur les transferts en santé prévoit le financement de la formation des IPS?
Est-ce qu'Ottawa, en diminuant par cette même entente le taux des transferts en santé de 6 à 3 %, pousse Québec à se tourner vers des pratiques moins coûteuses? En éliminant la taxe santé, le gouvernement québécois se prive aussi de revenus pour financer le réseau. Il doit réaliser des gains ailleurs.
On peut également présumer que le travail des IPS étant plus connu du public en 2017, Québec et les fédérations médicales seraient malvenus de bouder une solution efficace et moins onéreuse. Dans la région de Québec notamment, l'expérience de la clinique SABSA, dirigée par l'IPS Isabelle Têtu, a révélé que seulement 5 % des cas exigeaient l'intervention d'un médecin. 
Le système de santé étant fortement sollicité, et il le sera encore davantage avec le vieillissement de la population, le Québec n'a pas le choix de miser sur l'interdisciplinarité professionnelle, de laisser des IPS occuper tout leur champ d'expertise plutôt que de se fier aux médecins pour tout. 
Gaétan Barrette soulignait dimanche que la formation d'un médecin coûte 500 000 $, comparativement à 84 000 $ pour une IPS. La rémunération diffère aussi, évidemment. Raison de plus pour laisser les cas les plus lourds aux médecins. Les patients attendront moins longtemps pour obtenir une consultation, ne s'en porteront pas plus mal et le système de santé gagnera en fluidité et en efficacité.
Si l'Ordre des infirmiers et infirmières du Québec (OIIQ) se réjouit de l'arrivée de 2000 IPS d'ici 2024-2025 et estime que les conditions sont réunies pour atteindre cet objectif, la Fédération  interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), se montre plus critique. Elle estime qu'encore trop d'obstacles subsistent pour optimiser le travail des IPS. Avec raison.
Les conseils d'administration de l'OIIQ et du Collège des médecins se sont entendus pour enlever certaines barrières qui limitent le plein déploiement de l'expertise des infirmières et leur autonomie. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement qui doit concrétiser cette entente en présentant un règlement sur les IPS.
Si Québec tarde à le faire, il découragera des personnes à s'engager dans des études qui n'aboutiront pas à l'autonomie professionnelle recherchée. Ce serait faire mauvais usage des fonds publics de dépenser plus de 1,4 milliard $ si les connaissances des IPS sont sous-utilisées dans les hôpitaux et les cliniques, si elles restent sous la tutelle des médecins ou si elles vont travailler en Ontario parce qu'elles y seront mieux payées.